Catégories
Non classé

Sauvons les abeilles! Les 10 actions pour (ré)agir!

Sven Niel

Préfacé par Yann Arthus-Bertrand

Lire sur cette page ou télécharger en bas de la page sous format PDF.

Merci à toutes mes butineuses, à ma femme Gaëlle et à mes filles pour le bonheur qu’elles me procurent et leur soutien dans mes aventures apicoles.

« Les abeilles donnent le miel et la cire odorante à l’homme qui les soigne ; mais ce qui vaut peut-être mieux que le miel et la cire, c’est qu’elles appellent son attention sur l’allégresse de juin, c’est qu’elles lui font goûter l’harmonie des beaux mois, c’est que tous les événements où elles le mènent sont liés aux ciels purs, à la  fête  des  fleurs,  aux heures les plus heureuses de l’année […].

À qui les a connues, à qui les a aimées, un été sans abeilles semble aussi malheureux et aussi imparfait que s’il était sans oiseaux et sans fleurs. »

La Vie des abeilles, Maurice Maeterlinck.

Sven Niel

Préfacé par Yann Arthus-Bertrand

Préface

« Si l’abeille venait à disparaître, l’homme  n’aurait  plus  que quelques années à vivre », prophétisait Einstein…

Il y a des combats à mener et les abeilles sont là pour nous le rappeler. Essentielles à l’équilibre de la planète, nos abeilles sont touchées de plein fouet par le syndrome d’effondrement. L’hiver 2017 a été particulièrement meurtrier. Rien qu’en France, de très nombreux apiculteurs ont perdu entre 30 et 90 % de leurs colonies. Un véritable écocide.

Des milliards d’abeilles meurent ainsi en silence, menaçant nos cultures et notre alimentation. Pourtant, cette disparition catastrophique des colonies d’abeilles met en danger toute la chaîne alimentaire et la survie même de l’espèce humaine.

Luttons contre les pesticides tueurs d’abeilles utilisés dans le monde entier et travaillons ensemble à leur protection ! J’aimerais rappeler que si tout le monde mangeait bio, Monsanto n’existerait pas.

Yann Arthus-Bertrand Président de la Fondation GoodPlanet

Sauvons les abeilles !

Mes ruches sont mortes cet hiver et cela m’a désespéré.

Nos abeilles meurent. Des millions d’années d’évolution vont être réduites à néant en quelques décennies si nous ne réagissons pas très vite. Depuis 25 ans, on assiste à un véritable effondrement de l’écosystème. Il s’est accéléré ces dernières années : nous  vivons  en effet la sixième extinction de masse, dont les abeilles sont le symbole. Et nous n’en mesurons pas la gravité !

L’hiver 2017 a été particulièrement catastrophique pour les abeilles. Partout en France, de très nombreux apiculteurs ont perdu entre 30 et

90 % de leurs  colonies  :  c’est  dramatique  !  Rien  qu’en  Bretagne, 35 000 colonies sont mortes, 2 milliards d’abeilles ! J’ai alors vécu un triste printemps, silencieux, sans leur doux bourdonnement sur l’aubépine en fleur. J’ai vu la détresse d’un apiculteur : il a vu les trois quarts de son cheptel mourir et il ne lui restait plus que 20 ruches sur les 200 qu’il possédait. Et cette hécatombe n’a pas touché  que  la France, mais aussi  le  Canada  et  le  Québec,  l’Allemagne,  la  Belgique, le Luxembourg, l’Espagne… Un véritable écocide !

Les abeilles pollinisent un tiers des espèces végétales et de l’alimentation mondiale, 84 % des plantes cultivées en Europe. L’INRA estime leur bénéfice écosystémique, c’est-à-dire les services qu’elles rendent à l’environnement et à nous-mêmes, à plus de 150 milliards d’euros ! Véritable « clef de voûte » de la biodiversité, la survie de 80 % des espèces végétales dans le monde dépend directement des

abeilles. En effet, par le biais des fleurs, les végétaux nourrissent les pollinisateurs qui, en échange, assurent leur reproduction. Toute la chaîne alimentaire est en péril si les abeilles disparaissent. 40  %  de notre alimentation dépend de la pollinisation. Sans butineurs, plus de fruits ni de légumes. Adieu cerises, pommes, amandes, fraises, tomates et courgettes !

Si l’abeille est indispensable à l’homme, elle a désormais besoin de lui. Si les apiculteurs élèvent les abeilles pour leur miel, ils leur donnent aussi un abri (le rucher), des soins et, dans le même temps, veillent à leur environnement. S’il y a encore des abeilles aujourd’hui, c’est grâce à leur travail, car les colonies « sauvages » ne suffisent plus à la survie de l’espèce.

Nos décideurs politiques doivent prendre conscience de ce phénomène au plus vite. L’hécatombe de cette année 2018 signe un point de rupture très inquiétant, marqué par le réveil de l’opinion publique et des médias. La communauté scientifique, des actions individuelles et la forte mobilisation des apiculteurs ont lancé l’alerte : les pesticides tuent la biodiversité, contaminent notre environnement et menacent notre santé.

Mais, au lieu d’admettre cet empoisonnement généralisé de l’environnement, on a pointé du doigt les pratiques apicoles. C’est évidemment plus simple que de remettre en cause tout un modèle agricole soutenu par de puissants lobbies !

Comment expliquer qu’en 30 ans, 80 % des insectes ont disparu en Europe ? C’est la conclusion d’une étude internationale publiée en octobre 2017 par la revue Plos  One,  analysant  des  données  de captures d’insectes réalisées depuis 1989, en Allemagne.

Comment expliquer que les abeilles se portent plutôt  bien lorsqu’elles vivent éloignées des cultures intensives ? À Cuba, où les pesticides ont disparu depuis le début des années 1990 suite à l’embargo, les abeilles fournissent un miel d’excellente qualité. Il est

d’ailleurs devenu le quatrième produit d’exportation, pour une valeur de 23 millions de dollars ! Plus près de nous, sur l’île d’Ouessant, en Bretagne, les pertes sont normales, de l’ordre de 6 %.

Ces exemples montrent qu’accuser les pratiques apicoles est lâche et criminel. Les apiculteurs ne sont pas responsables : c’est l’ensemble du modèle agricole intensif qu’il convient de modifier !

Il est déjà presque trop tard. L’accumulation des pesticides dans l’environnement, le réchauffement climatique, les parasites importés, pour ne citer que quelques facteurs, nous indiquent que la ligne rouge est en passe d’être franchie.

Parce qu’il épuise les ressources, parce qu’il est déconnecté des réalités biologiques, l’homme scie la branche sur laquelle il est assis et court à sa perte !

Parfois, je suis pessimiste. Mais, chaque fois que je m’émerveille devant la beauté du monde, je reprends espoir. Il est peut-être encore temps de changer le cours des choses et, surtout, il est de notre devoir de le faire ! Réveillons-nous, prenons conscience que la survie de l’humanité se joue maintenant !

Nous pouvons tous aider à lutter contre la disparition des abeilles. Mais nous devons le faire sans attendre, agir maintenant et nous montrer courageux.

Pourquoi les abeilles sont-elles indispensables ?

Près de 80 % des cultures agricoles ont besoin des insectes pour être pollinisées et 20 000 plantes sauvages en dépendent. Les abeilles pourraient parfaitement se passer des hommes, mais nous avons besoin d’elles, leur rôle est même indispensable pour l’ensemble de la biodiversité.

La vedette

de la pollinisation

Il existe près de 1 000 abeilles différentes en France,  mais  seule l’Apis mellifera est domestiquée et maintient une colonie  pendant l’hiver. Les autres, pour la majorité solitaires, sont également importantes pour la pollinisation.

De la famille des hyménoptères, appartenant au genre Apis, l’Apis mellifera pèse environ 80 mg et vit en moyenne 35 jours en saison, contre 170 jours en hiver. Une reine fécondée au tout début de sa vie assure la pérennité de la colonie en pondant jusqu’à 2 000 œufs par jour. En 19 jours, la jeune abeille, d’abord larve, se métamorphose en adulte ailé. L’ensemble des larves en développement se nomme le couvain. Une colonie comprend entre 20 000 et 80 000 individus.

Une ruche moyenne de 50 000 abeilles contient environ 31 000 butineuses qui, en une journée, visitent 22 millions de fleurs, 700 par abeille. Ces chiffres, impressionnants, reflètent leur importance dans la pollinisation, qui permet aux fleurs mâles et femelles d’une  même espèce de se féconder.

Le miel sert de « carburant » à l’abeille tandis que le pollen fournit à la ruche les protéines, lipides, vitamines et sels minéraux dont elle a besoin. Une ruche double ou triple sa population au printemps pour amasser beaucoup de miel, souvent trop pour  ses  besoins. Indispensable source de protéines pour le développement des larves, le pollen doit être récolté en quantité suffisante pour le couvain et pour garantir une population saine d’ouvrières à  l’automne,  capables  de vivre jusqu’à 5 mois. On sait aussi que les lipides  contenus  dans  le pollen favorisent les défenses immunitaires. Ainsi, de la même façon que nous devons manger 5 fruits et légumes par jour  pour  garantir notre bonne santé, l’abeille doit consommer 5 pollens différents !

Au cours du butinage, du pollen adhère aux poils de l’abeille. Celle- ci en récupère une partie sous forme de pelotes accrochées à ses pattes. En transportant ainsi les grains de pollen de l’étamine (organe mâle) d’une fleur sur le stigmate, ou pistil (organe femelle), d’une autre, l’abeille assure involontairement la reproduction des plantes.

Un rôle prépondérant dans notre alimentation

La production de fruits (tels que les pommes, les abricots, les cerises, les   tomates…),   de   légumes   (comme   les   brocolis,   les   courgettes   ou encore les carottes), mais aussi celle de certains fourrages (tels que la luzerne ou le trèfle) dépend des abeilles.Presque la moitié de notre alimentation, et sans doute la plus savoureuse, est issue du travail des pollinisateurs. Si une symbiose existe entre les plantes et les insectes, un lien étroit nous unit donc aussi aux végétaux. Francis Hallé, botaniste et spécialiste des forêts tropicales, nous avertit : « S’il n’y avait pas de plantes, nous n’existerions pas. On ne pourrait pas vivre sans la photosynthèse. Je commence à comprendre comment est l’être humain : il ne se réveille que quand le drame est là. […] Le jour où l’on aura du mal à respirer, là, ça va commencer à intéresser les  gens. Et ce  jour arrive à grands pas. »

Une cuillerée de miel dans notre tisane ou sur notre tartine représente un travail colossal pour notre petite butineuse ! En effet, la production d’un kilo de miel mobilise environ 6 000 abeilles pendant 2 semaines. Celles-ci  doivent  visiter  près  de  6  millions  de  fleurs  via des millions de voyages. La distance parcourue représente 150 000 km, soit près de 4 fois le tour de la terre !

Pourquoi les abeilles

disparaissent-elles ?

Ne nous cherchons pas d’excuses ! C’est l’homme qui  est responsable de leur déclin. Rien qu’en France, 300 000 colonies disparaissent chaque année !

Jusque dans les années 1990, un taux de perte allant de 5 à 10 % était considéré comme normal. Mais, ces 20 dernières années,  des pertes massives et inhabituelles ont été observées partout dans le monde : en Europe, aux États-Unis et en Australie, les abeilles meurent anormalement. En France, l’hécatombe a commencé dans les années 1995. Elle a coïncidé avec  la  période  d’apparition  des  fameux pesticides néonicotinoïdes. Des pertes de 30 à 90 % ont été depuis observées. Cette année 2018 semble être la plus noire. L’agriculture intensive et l’utilisation de pesticides en sont les raisons principales.

Les terribles conséquences de l’agriculture intensive

Après la guerre, il a fallu reconstruire les villes et, dans le même temps, produire assez de nourriture pour tous. Les bras manquaient dans les campagnes, ce qui a donné l’opportunité aux entreprises de guerre de reconvertir leurs chaînes de production et de s’offrir de nouveaux débouchés. Les premières machines agricoles ont ainsi fait leur apparition ; les premiers pesticides, dérivés du gaz sarin, aussi. L’agriculture vivrière, caractérisée par des surfaces modestes, a alors été remplacée par l’agriculture intensive. La démesure a engendré des machines toujours plus grosses, pour lesquelles les haies et talus

devenaient problématiques et inutiles. Ils étaient pourtant de magnifiques zones de biodiversité et d’excellents remparts aux inondations et à la propagation des maladies !

D’immenses champs de monoculture (blé, maïs, colza…), aux semences industrielles homologuées, ont colonisé ces  différents espaces. Il a fallu adapter la terre aux cultures, ce qui  a  rendu  les plantes plus vulnérables aux parasites. La chimie a alors été érigée en solution     :     engrais     synthétiques,     pesticides,     antifongiques…     La connaissance profonde de la terre et des semences se restreint à nouveau. Les semences non homologuées étant interdites, les agriculteurs deviennent dépendants des produits, des vendeurs, des coopératives spécialisées, des banques, des marchés financiers… Ajoutons à cela que les écoles ne forment alors qu’à cette agriculture intensive et chimique. Les agriculteurs y ont laissé leur âme d’artisans de la terre pour devenir trop souvent des entrepreneurs industriels angoissés…

C’est  ainsi  qu’aujourd’hui,   d’énormes   quantités   de   pesticides (66 000 tonnes en 2017) et  de  déjections  animales  sont  déversées dans les champs et contaminent durablement les sols ainsi que les cours d’eau, les nappes phréatiques et les estuaires. Ces pesticides entraînent la disparition des adventices (coquelicots, bleuets, ronces…), privant encore un peu plus les abeilles de sources de nectar et de pollen.

Aujourd’hui, la production agricole stagne et n’augmente plus. Un capital phénoménal de semences anciennes a disparu, emportant avec lui un fabuleux potentiel génétique qui aurait pu permettre de s’adapter au réchauffement climatique. Les terres se tassent, privées d’humus et travaillées sans répit.

La biodiversité disparaît

L’intensification de l’agriculture et le remembrement ont donc totalement modifié les paysages agricoles ces  30  dernières  années. Pour augmenter les parcelles, un nombre inimaginable de haies et de

talus,  composés  d’arbres  d’essences  variées  (aubépine,  châtaignier…) ont été rasés. On estime que 2 millions de kilomètres de haies ont été détruites en France dans les années 1970, dont 40 000 dans le seul département du Finistère. Subventionnée, cette destruction systématique s’est poursuivie jusque dans les années 1990. Elle s’est par la suite ralentie, avec une diminution d’environ… 1 000 km par an !

Pourtant, tous ces talus et ces haies abritaient aussi bien une faune qu’une flore variées, à la fois bénéfique aux  abeilles et  aux  cultures  ! De plus, ils favorisaient une meilleure rétention de l’eau et limitaient l’érosion des sols.

La flore adventice est détruite

Dans le même temps, la flore « adventice » a connu un déclin particulièrement marqué dans les cultures. Entre 1970 et 2000, le nombre d’espèces d’adventices a diminué de 42 % en France et  la densité moyenne par champ d’adventices de 67 %. En effet, tout a été fait pour supprimer ces « mauvaises herbes » : emploi d’engrais chimiques, rotations intensives et densité accrue des cultures, mais aussi utilisation massive d’herbicides comme le glyphosate.

Ce massacre d’adventices est dramatique pour les abeilles :  en dehors des périodes d’abondance de floraison (champs de colza, en avril-mai ; tournesol, en juillet), les abeilles ne trouvent plus de ressources.

Des produits phytosanitaires mortels

La plupart des produits phytosanitaires utilisés en agriculture intensive sont des neurotoxiques, des perturbateurs endocriniens ou des bloqueurs de respiration cellulaire. Rappelons qu’un insecticide est tout de même fait pour tuer les insectes : comment pourrait-il être suffisamment sélectif pour ne pas nuire  aux  pollinisateurs  ?  aux abeilles ? à l‘homme ? Ces produits phytosanitaires se retrouvent

désormais dans toute la chaîne alimentaire, pouvant engendrer cancer, baisse de fertilité, encéphalopathie et maladies dégénératives…

L’ensemble des produits phytosanitaires sont extrêmement toxiques et, s’ils ne sont pas immédiatement létaux, peuvent parfaitement perturber les abeilles. Des apiculteurs du monde entier ont rapporté un appauvrissement de la qualité des reines, se traduisant par une production anormale de couvain. L’explication pourrait provenir d’une baisse de fertilité des faux-bourdons et d’une perturbation endocrinienne chez les reines. Auparavant, une reine abeille vivait naturellement entre 4 et 5 ans. De nos jours, leur durée de vie s’est réduite à 18 ou 20 mois. Les apiculteurs, s’ils veulent conserver leur cheptel stable, doivent désormais le renouveler chaque année, ou tous les 2 ans, par le biais de l’élevage ou de l’achat de reines.

Les reines ne se font féconder qu’au tout début de leur vie. Aussi, des gamètes trop peu nombreux ou dégénérés pourraient en partie expliquer le déclin de l’abeille. En effet, après fécondation, celles-ci stockent les gamètes mâles dans une « spermathèque » pour le reste de leur existence. Le contenu de cette réserve conditionne donc leur capacité à pondre et, à plus long terme, leur longévité.

Les pesticides et même les herbicides ont donc une action directe sur les défenses naturelles de l’abeille et les fragilisent en synergie avec d’autres facteurs. Ainsi, en septembre 2018, l’académie des sciences américaine a publié une étude prouvant que le glyphosate attaque certains éléments de la flore intestinale des abeilles, rendant plus vulnérables aux infections et aux modifications de leur environnement. C’est d’ailleurs ce que confirme le chercheur Jean-Marc Bonmatin du CRNS, pour qui les 3 principaux agresseurs de l’abeille sont le parasite varroa, les maladies et les pesticides (insecticides et fongicides) : « La plupart du temps, ces facteurs agissent ensemble en interaction. Le principal étant, selon moi, les insecticides. En effet, soumis aux pesticides, les abeilles sont bien plus sujettes aux infections et supportent moins bien leurs parasites varroas. »

Les néonicotinoïdes, un terrible poison pour les abeilles

L’UE a décidé, en avril 2018, d’interdire pour les cultures de plein champ l’utilisation de 3 de ces substances  (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride), qui font l’objet de restrictions depuis 2013. La France est allée plus loin dans un récent décret en ajoutant le thiaclopride et l’acétamipride à la liste. Toutes ces molécules ne devraient donc plus être utilisées sauf… dérogation. Or, il se trouve que l’Hexagone bat tous les records en matière de dérogation, avec 58 demandes contre 10 en moyenne à l’échelle européenne. Éric Andrieu, président de la commission parlementaire spéciale d’autorisation des pesticides à Bruxelles, a d’ailleurs fustigé la France en mai 2018 à ce propos. L’Espagne, le plus gros consommateur de pesticides, n’en a réclamé que 30, l’Allemagne 25 ! Il faut donc rester très vigilant car avec leur très longue durée de vie dans l’environnement, ces produits peuvent encore faire bien des dégâts !

Les néonicotinoïdes sont des neurotoxiques puissants à très faible dose, qui agissent directement sur le système nerveux des insectes. Leur emploi représente désormais 40 % des pesticides utilisés au niveau mondial. Ils sont entre 5 000 et 10 000 fois plus puissants que le DDT, un insecticide interdit dans les années 1960-1970 ! Ces molécules sont systémiques, c’est-à-dire qu’elles peuvent pénétrer dans tous les tissus de la  plante,  sève,  nectar,  pollen,  eau  de  sudation…  Les  semenciers  en enrobent désormais les graines pour qu’elles se diffusent dès la germination. L’essentiel du produit reste d’ailleurs dans le sol, contaminant durablement la terre1.

Les effets des néonicotinoïdes sur les abeilles ont été mis  en évidence par les chercheurs en 2012. Selon les travaux  d’Axel Decourtyre, de l’INRA, ils provoquent à haute dose la mort des abeilles par une crampe généralisée. À plus faible dose, même légère, ils affectent les capacités cognitives des butineuses, qui ne retrouvent plus le chemin de la colonie.

Comme ces produits ont une rémanence très longue dans le sol, ils contaminent les cultures suivantes, même si celles-ci ne sont pas traitées. Et si ce sont des plantes mellifères, les insectes sont eux aussi touchés. Vincent Bretagnolle, du CNRS, rapporte que  «  des  traces d’imidaclopride ont été trouvées dans le nectar de colza, un néonicotinoïde normalement utilisé sur le… blé […]. Il  provenait  en réalité des céréales cultivées là les années précédentes ! ».

Malgré ces récentes interdictions, certaines de ces substances sont toujours autorisées et d’autres, tout aussi toxiques, pourraient bien venir les remplacer. Des méthodes alternatives existent et pourraient être mises en place avec un accompagnement de l’État pendant la période de transition. Sans cette volonté politique, on risque de ne faire que déplacer le problème.

Les pratiques apicoles en question

Bien que l’ensemble des apiculteurs soient très soucieux de leurs abeilles, certaines pratiques peuvent malheureusement participer à leur affaiblissement.

Les importations de reines problématiques

L’abeille dite « noire » est depuis toujours la plus présente  en Europe. Mais, afin d’obtenir des récoltes plus importantes  et  des abeilles plus douces, les apiculteurs l’ont négligée au profit d’autres sous-espèces importées. Aujourd’hui, elle ne représente plus que 10 % de la population des abeilles mellifères en France. Cette importation massive est problématique : en plus de ramener  des  maladies inconnues, les abeilles importées sont souvent mal adaptées aux écosystèmes locaux. De plus, les mâles de ces espèces ont disséminé leurs gènes lors des reproductions, créant de nombreuses hybridations non contrôlées. Difficile de dire aujourd’hui ce que l’on a  dans  les ruches, une reine pouvant être fécondée par 10 ou 15 mâles !

Afin de sauvegarder les abeilles, une  quinzaine  de  conservatoires ont été créés dans l’Hexagone par des passionnés,  le  premier  étant celui de l’île d’Ouessant, en 1989. Éloigné du continent et bénéficiant d’un environnement sans pesticides, ce sanctuaire breton est une référence en la matière. Espérons que ces conservatoires puissent constituer une alternative aux reines importées.

Le prélèvement excessif de miel et le nourrissage artificiel des abeilles

L’abeille mellifère n’ajuste pas ses réserves en fonction du nombre de larves à nourrir, mais emmagasine un maximum de ressources en fonction des disponibilités qui se présentent à elle. Si bien que, souvent, elles stockent beaucoup plus de miel qu’elles en ont véritablement besoin et tolèrent très bien qu’on en prélève une partie. Cependant, certains apiculteurs peu scrupuleux ne laissent pas suffisamment de miel aux abeilles après les récoltes pour qu’elles passent l’hiver ou bien le remplacent par du sirop sucré, moins cher.

C’est évidemment une pratique à combattre : sans suffisamment de miel, la colonie ne passera pas l’hiver ; s’il est  remplacé  par  une quantité importante de sirop de glucose, elle va s’en trouver affaiblie. En effet, le sirop de glucose est moins digeste que le miel. Il ne contient pas non plus l’ensemble des éléments nutritifs présents dans le miel (quand il n’est pas plein de pesticides !) qui inhibent la croissance des pathogènes grâce aux enzymes. Ceci dit,  je  suis  persuadé  que  la grande majorité des apiculteurs ne pratiquent pas ces méthodes ; la plupart sont sensibles aux besoins de leurs abeilles avant tout. Ce n’est bien sûr pas le cas de l’apiculture industrielle.

L’apiculture industrielle

Comme pour l’agriculture intensive, l’objectif de l’apiculture industrielle est d’accroître au maximum la production de miel au détriment des abeilles. Ces techniques, assez rares chez nous, sont par

contre très présentes aux États-Unis, par exemple.

Pour avoir une population plus dense dans les ruches, leur volume est augmenté. Il faut alors plus d’énergie aux abeilles pour les chauffer en hiver. Le miel est recueilli dans son intégralité au moment de la récolte et les abeilles sont nourries par du sucre candy sous forme de sirops. Les colonies sont divisées brutalement, mélangées, déplacées sans cesse. Les abeilles ne sont alors plus considérées que comme un moyen de faire du profit. Et peu importe si cela implique de recourir massivement aux antibiotiques chimiques !

  1. 1.  Entre 3 et 7 ans, selon le professeur Bonmatin du CRNS.

Mes actions

Consommer du miel local

Nos choix de consommation ont de réels impacts sur l’environnement et donc sur les abeilles. Très bon pour la santé, le vrai miel  cumule  les  vertus  :  il  est  tonifiant,  cicatrisant,  antiseptique…  Mais pour cela, il doit être bien produit et bien conditionné, sans avoir subi de surchauffe qui le dénature.

Consommez du miel local

De trop nombreux miels de nos supermarchés sont importés, mélangés et de mauvaise qualité. Parfois, il  ne  s’agit  même  pas  de miel !

De plus, ces miels au tarif attractif faussent la concurrence et fixent un repère de prix malsain. Les apiculteurs locaux, déjà affaiblis par les pertes de cheptel, doivent malheureusement s’aligner sur ces tarifs et ne s’y retrouvent pas.

Sans apiculteurs, il n’y aurait déjà plus d’abeilles ! C’est pourquoi il

est important de soutenir la production locale de miel en achetant des miels de nos régions.

Mangez bio autant

que possible

Soutenir une agriculture sans pesticides par nos achats permet indirectement à nos butineuses de trouver des sources de nectar et de pollen non contaminées.

Bien sûr, il n’est pas toujours évident de manger bio. Mais consommer du bio autant que possible ou, au moins, sur certains produits (huiles bio de colza, de tournesol, courgettes, potimarrons, pommes…) est déjà bien.

De plus, consommer bio n’est pas que profitable aux abeilles et à notre santé. En 2017, on estime que les métiers de l’agriculture biologique comptent près de 134 500 emplois directs. 49 200 emplois directs ont été créés depuis 2012, avec une croissance  annuelle moyenne de + 9,5 % depuis 5 ans.

Notre   consommation   de   viande   a   également   un impact sur la biodiversité, sauf si celle-ci provient d’élevages non intensifs. En effet, les élevages industriels nécessitent la culture de surfaces traitées énormes afin de nourrir les animaux qui y sont produits. À l’inverse, les pâturages extensifs ou cultures biologiques, destinés aux animaux, ne nuisent pas aux pollinisateurs.

Mes actions

  Fleurir balcons et jardins   Devenir bio-guerrier urbain  Semer des plantes mellifères

Les abeilles et l’ensemble des pollinisateurs ont besoin de nectar et de pollen issus de différentes sources. Ainsi, que vous disposiez d’un simple balcon ou bien d’un jardin, il vous sera toujours possible de favoriser la biodiversité locale. Vous pourrez facilement participer, à la ville comme  à la campagne,  en plantant  des variétés riches en nectar qui permettront d’attirer et de favoriser les populations d’insectes, partout où elles se font rares. Si on trouvait un pied de lavande sur chaque balcon partout en France, cela ferait des hectares à butiner !

Favorisez la biodiversité locale sur votre balcon

Pour  une   terrasse   ou   un  balcon,   préférez   une  plante   à   faible

développement pour la cultiver en pot. Le choix est assez vaste :

  • avec des jardinières suspendues pour les plantes qui ont besoin de lumière (bourrache, sauge des près, mauve musquée, coquelicot, phacélie…) ;
  • avec des jardinières surmontées d’une treille en bois pour les plantes grimpantes (lierre commun, clématite, chèvrefeuille, houblon, vigne…) ;
  • avec des pots, tout simplement, pour certaines plantes (callune, troène, cotonéaster, céanothe, caryoptéris, pérovskia, choisya…) ;
  • avec des jardinières aromatiques (serpolet, menthe, lavande, marjolaine, hysope, romarin, sauge…) ;
  • avec des jardinières pour cultiver vos légumes (courgette, poivron, potimarron…).

Avec quelques pots de fleurs choisis parmi ces espèces,   vous devriez voir votre balcon fréquenté par des abeilles domestiques et solitaires de toutes tailles, des bourdons, des papillons et peut-être même des cétoines ! L’idéal est de pouvoir associer des plantes qui étaleront leur floraison tout au long de l’année.

Lancez des bombes à graines et devenez bio-guerrier urbain

Si vous n’avez pas de balcon et que vous souhaitez malgré tout favoriser la pollinisation, devenez « bio-guerrier  urbain  »  en  lançant des bombes à graines !

Le principe est simple : on mélange de la terre et de l’argile pour créer une « boule » dans laquelle on introduit des graines (souci, tournesol, pavot, capucine ou encore des graines issues de mélanges fleuris). Vous pourrez trouver comment les confectionner sur la toile. N’hésitez pas à proposer cette activité amusante et instructive à vos enfants, elle les sensibilisera à l’environnement !

Au jardin, plantez des plantes mellifères à la floraison étalée

Pour ceux qui ont un jardin, plantez le plus possible d’arbres, d’arbustes et de plantes mellifères. Les abeilles raffolent de la phacélie, de la bourrache, de la moutarde ; elles adorent aussi les céanothes, les robiniers, les cotonéasters, les viornes. Le lila d’Inde offre également une floraison tardive intéressante ; le tétradium daniellii (ou arbre à miel) est quant à lui particulièrement riche en nectar. L’idéal est de pouvoir proposer aux abeilles une floraison étalée, avec des fleurs de printemps et d’autres d’automne, comme la verge d’or.

Au potager, associez légumes et fleurs

N’hésitez pas non plus à cultiver une zone potagère heureuse, où s’entremêlent légumes et fleurs : c’est beau et certaines associations favorisent leur développement. Vous verrez, les butineuses adorent se

« rouler » dans les grandes fleurs des cucurbitacées d’où elles ressortent toutes jaunes ! Certains engrais verts sont très mellifères comme la moutarde, la phacélie ou encore le trèfle. De nombreux sites pourront vous guider pour associer fruits et légumes avec succès.

La friche est la meilleure

amie des abeilles

N’hésitez pas à laisser une « zone de friche » où s’épanouiront pissenlits,   véroniques,   coquelicots…   Il   est   indispensable   de   changer notre  regard  sur  le  jardin,  et  d’arrêter  de  vouloir  systématiquement

« faire propre » car cela génère des déserts végétaux. Perdons ces valeurs d’un ancien monde : Versailles, c’est fini ! Un parterre de coquelicots est un bonheur pour les yeux : non seulement sa couleur est éclatante, mais le matin, lorsque les fleurs s’ouvrent, on assiste aussi à un magnifique ballet de butineuses en tous genres, de la plus petite, de

quelques millimètres, à l’énorme bourdon. Tous se bousculent, parfois dans la même fleur, toute recouverte de pollen.

N’élaguez vos haies qu’après la floraison ! Le troène, par exemple, est bien souvent « ratiboisé » avant que sa superbe et longue floraison à l’odeur merveilleuse ne s’épanouisse. N’oubliez pas non plus qu’un grand nombre d’oiseaux niche dans les haies au printemps : un élagage trop précoce leur est préjudiciable.

Mes actions

Installer et entretenir une ruche Vérifier et remplacer les cadres

Nous avons vu qu’il est possible de fournir une alimentation saine et variée aux abeilles, mais il est tout aussi important de leur offrir de quoi se multiplier et se reproduire dans de bonnes conditions. L’abeille de nos ruches, l’apis mellifera, a toujours su se débrouiller seule pour trouver    des    gîtes    adaptés    (troncs    creux,    cavités…).    Cependant, aujourd’hui, ces abris naturels se font de plus en plus rares et offrir une ruche aux abeilles, c’est leur rendre service !

Prenez soin de vos ruches

Il m’est arrivé d’intervenir pour sauver de vieilles colonies dans des murs ou cheminées de pierre qui devaient être détruits. J’y ai souvent trouvé de grosses quantités de vieux rayons délaissés par les abeilles,

qui jouxtaient les rayons de cire fraîche. Aussi, quand j’entends parfois que certaines personnes souhaitent installer des ruches chez elles sans vouloir pour autant intervenir ou effectuer de récolte, c’est à mon sens une erreur à ne pas commettre pour différentes raisons.

Vérifiez et remplacez les cadres de vos ruches

Les abeilles butinent toujours plus que de besoin. Elles stockent des réserves tant que la ressource est disponible, mais ne consomment pas pour autant pendant l’hiver tout le miel qu’elles ont stocké durant la belle saison. Certains miels cristallisent et n’ont alors plus d’intérêt pour les abeilles. Des cadres entiers peuvent ainsi devenir inutilisables et diminuer le volume destiné à la ponte. Une visite régulière permet de s’en apercevoir et de les remplacer. Les abeilles apprécient de toute façon de pouvoir façonner des cadres de cire fraîche, les vieux cadres pouvant contenir de nombreuses traces de pesticides.

Posez des hausses

Une ruche peut devenir trop étriquée : les abeilles ne savent alors plus où placer le nectar qu’elles ramènent. C’est à ce moment qu’il faut pouvoir placer une hausse qui augmente le volume de la ruche et qui permet aux abeilles de stocker à cœur joie autant de nectar qu’elles le souhaitent. Cela sous-entend de récolter ensuite le miel. Si vous vous sentez coupable, sachez qu’il vous est tout à fait possible de le leur rendre plus tard par le biais d’un « nourrisseur », au moment où vos chères butineuses seraient pénalisées par une  météo  calamiteuse.  Si par bonheur cela n’arrive pas, alors  vous  serez  tout  heureux d’apprécier votre miel au petit déjeuner !

Installez des ruches pièges

dans votre jardin

Ce    problème   de   volume   disponible   au   sein   de   la   ruche   est

également important pour limiter l’essaimage. En effet, si elle se sent trop à l’étroit, la colonie aura tendance à vouloir se scinder. Ce n’est en soi pas si problématique, mais nombre de ces essaims finissent par s’installer dans des endroits inappropriés comme les cheminées. Ils deviennent alors difficiles à déloger et finissent par être éliminés. N’hésitez donc pas à installer des « ruchettes  pièges  »  dans  votre jardin. Ce sont des ruches de  moindre  volume,  apprêtées  avec quelques cadres de cire et un peu d’« attire-essaim ». Peut-être aurez- vous alors la chance d’y voir un essaim  s’y  installer.  Libre  à  vous ensuite de devenir apiculteur ou de le confier à quelqu’un de compétent et certainement reconnaissant !

  • Si un essaim s’installe chez vous, ne paniquez pas ! Les abeilles sont inoffensives pendant l’essaimage. Si vous n’avez rien pour accueillir l’essaim, contactez rapidement un apiculteur local pour qu’il vienne le récupérer.
    • Ouvrir vos ruches de temps en temps, seul ou accompagné, permet aussi de vérifier l’état sanitaire de la colonie. Procéder à un traitement annuel à l’acide oxalique (bio) ou par le biais de bandelettes homologuées (non bios) permet également d’éviter une infestation par le varroa (un acarien parasite).

Mes actions

  À chaque nid son abeille

  Confectionner des nichoirs en bois

Il existe près de 1 000 espèces  d’abeilles  en  France.  De  toutes tailles et couleurs, la grande majorité ne vit pas en colonie : elles sont dites « solitaires », même si certaines forment des « bourgades » d’individus. Les plus petites mesurent seulement quelques millimètres et les plus grandes peuvent atteindre jusqu’à 2,5 cm. Toutes jouent un rôle prépondérant dans la pollinisation.

Si de la nourriture est disponible à proximité, toutes ces abeilles ne s’éloigneront que très peu de leur « nid ». Vous pourrez donc assez facilement réaliser pour elles un îlot préservé dans votre jardin.

À chaque nid son abeille

Vous pouvez leur offrir toutes sortes d’habitats et, si votre jardin est

riche en plantes mellifères, alors vous ferez des heureuses ! Les abeilles

« sauvages » nichent de façons très variées :

  • les abeilles fouisseuses creusent leurs nids dans le sol ;
  • les abeilles maçonnes construisent leurs nids dans toutes sortes de trous (tige, mur, rocher) ;
  • les abeilles charpentières creusent des  galeries  dans  du  bois mort ;
  • les abeilles tapissières confectionnent ou tapissent leur nid à partir d’éléments naturels (pétales de fleurs ou feuilles) dans des cavités existantes ;
  • les abeilles coucou utilisent des nids déjà occupés.

Personnellement, j’ai dans mon jardin quelques zones de terre tassée qui se trouvent régulièrement colonisées.

La vie d’adulte des abeilles sauvages est assez courte. Au printemps, les mâles sortent en premier et fécondent   les   femelles.   Celles-ci   construisent   ensuite   un nid pour elles et leur progéniture. Elles pourront y pondre jusqu’à 20 œufs. Chaque œuf est enfermé dans une cellule larvaire où est déposé un mélange de pollen et de miel. La larve, une fois développée, ne quittera pas son cocon de l’hiver et se transformera en abeille aux beaux jours pour recommencer un nouveau cycle.

Confectionnez des nichoirs en bois

J’ai surtout installé sur les murs de ma maison des nichoirs en bois, confectionnés à partir de simples morceaux de chêne dans lesquels j’ai percé  de  nombreux  trous.  Certains  font  5  mm,  d’autres  8  mm  et

quelques-uns 12 mm. N’utilisez pas des bois tendres, le nichoir sera moins efficace. N’effectuez pas vos trous de part en part de votre morceau de bois et percez à une profondeur d’au  moins  5  cm. Certaines abeilles, comme les mégachiles (découpeuses de feuilles), apprécient les trous verticaux !

Avec ces méthodes, mes hôtels affichent tous complet ! Et je me vois obligé d’en ajouter un ou deux chaque année, car il semble que les abeilles attirent les abeilles ! Probablement se sentent-elles en sécurité avec des voisines à proximité. Vous pouvez aussi fabriquer des nichoirs avec des bambous, mais le fond de chaque tige doit se terminer par un nœud.

Veillez à l’exposition de vos nichoirs et profitez

du spectacle !

L’exposition de vos nichoirs est importante : pas trop à la chaleur, ni à la pluie, ni au froid. L’idéal est une exposition sud, mais abritée par un débord de toit, par exemple. Ces abeilles ne sont absolument pas agressives, vous n’avez rien à craindre de leur proximité. Il est très amusant de voir les charmantes osmies pointer le bout de leur nez tout velu et procéder ensuite à d’incessants allers-retours toutes recouvertes de pollen ! Peut-être aurez-vous aussi la chance d’apercevoir notre plus grosse abeille, la « charpentière », sorte de gros bourdon tout noir ! Il existe de nombreux sites2 qui vous diront tout sur les abeilles sauvages, n’hésitez pas à y jeter un œil !

Mes actions

  Apporter aux abeilles une eau saine

  Installer une petite mare ou un bassin à oiseaux

Les abeilles ont besoin de nectar et de pollen, mais elles ont également besoin d’eau ! Elles en ont aussi bien besoin pour l’élevage des larves, pour hydrater du miel ou du pollen concentré, que pour thermoréguler la ruche (s’il fait trop chaud, les abeilles vaporisent de l’eau pour maintenir une température idéale).

Les abeilles ont besoin

d’une eau saine

Il semblerait que les besoins annuels d’une ruche aillent de 50 à 80 l d’eau par an, avec des variations de consommation tout au long de l’année, en fonction du climat ou de la miellée. Les  abeilles apprécient les eaux riches en sels minéraux.

Nos butineuses aiment s’abreuver au bord des flaques et des terres

humides. On les voit également s’intéresser à la rosée et à l’eau de guttation des végétaux (la guttation est un exsudat des plantes, qui forme de petites gouttelettes riches en sels minéraux au bord des feuilles ou des tiges).

Les eaux contenant des pesticides sont fatales à la ruche

Bien évidemment, il faut que l’eau proposée soit exempte de pesticides. Une plante traitée en « systémique », tel le maïs, devient alors mortelle. De même, si les abeilles vont s’abreuver dans des fossés ou bien des flaques situées aux abords des cultures, elles risquent de s’intoxiquer elles-mêmes ainsi que l’ensemble de la ruche.  C’est pourquoi leur offrir des points d’eau réguliers et de bonne qualité peut vraiment les aider.

Installez une petite mare ou un bassin à oiseaux

Les apiculteurs qui possèdent plusieurs dizaines de ruches peuvent installer de gros volumes d’eau à l’aide  de  bâches  ou  de  poubelles dont la surface est recouverte de flotteurs. Dans votre jardin, plusieurs solutions s’offrent à vous :

  • la plus évidente est une petite mare, avec des bords moins profonds agrémentés de plantes flottantes et de galets moussus. Les poissons rouges y élimineront les moustiques et ce petit biotope profitera à toute la biodiversité du jardin (oiseaux, batraciens, insectes…).  Vous  remarquerez  comme  le  vol  des  abeilles  est  différent entre le départ du point d’eau et l’arrivée : elles arrivent à toute vitesse, lestes et agiles, mais ont toujours du mal à redécoller, alourdies par leur jabot bien rempli. Même le bourdonnement de leur vol témoigne de l’effort produit : il est beaucoup plus sourd et lent ;
  • un petit bac, du type « bassin à oiseaux », peut également très

bien faire l’affaire s’il est toujours rempli. Il est important qu’il n’y ait pas de rupture dans l’approvisionnement, sans quoi les abeilles trouveront un autre point d’eau dont l’approvisionnement sera plus régulier.

Créez des abreuvoirs

Pour la première fois cette année, mes abeilles ont partagé l’abreuvoir métallique avec les poules ! Cela peut être une solution intéressante car elle prend peu de place et permet une réserve de 10 l d’eau. Dans un coin du jardin, j’ai aussi remarqué qu’une vieille tôle ondulée servait d’abreuvoir. Elle recouvrait un tas de bois et de nombreuses feuilles, accumulées dans les rainures, se décomposaient. Les abeilles en raffolaient lorsque l’ensemble était bien humide : encore une piste à explorer !

Mes actions

  Détruire ou faire détruire les nids

Il y a quelques années, en 2004, le frelon asiatique (Vespa velutina) a débarqué en France par le biais de poteries importées. Depuis, ce prédateur se répand partout et contribue au déclin de l’abeille.

Le frelon asiatique est un prédateur sans pitié

qui peut décimer les ruches

Le frelon asiatique adulte ne se nourrit pas d’insectes, mais en a besoin pour ses larves. Une ruche offre donc  une  belle  aubaine, puisqu’il y a de la nourriture à foison toujours au même endroit et facilement repérable à l’odeur. Et la raré- faction globale des insectes ne les incite pas à chercher ailleurs !

Le problème, c’est que les abeilles ne savent pas comment réagir

face à ce nouveau prédateur méthodique qui patiente en vol stationnaire devant leurs ruches. Sans intervention, il peut consommer un nombre significatif d’abeilles, qu’il attrape en plein vol, mais peut aussi aller jusqu’à piller le couvain.

Détruisez ou faites détruire les nids

Pour lutter contre le frelon asiatique, la première chose à faire est de détruire les nids primaires et secondaires. Si vous observez quelque chose qui vous semble être un nid, commencez par identifier s’il s’agit bien du frelon asiatique, et signalez-le à votre mairie, qui se doit d’intervenir, ou bien faites appel à un professionnel. Si vous n’êtes pas équipé, je vous déconseille d’intervenir seul : une piqûre peut s’avérer très douloureuse et être bien plus dangereuse si vous êtes allergique.

Le piège des bouteilles en plastique n’est pas sélectif

Vous pouvez aussi poser des pièges pour lutter contre le frelon asiatique. On a beaucoup entendu parler de ceux à   poser   au printemps et confectionnés à partir de bouteilles en plastique. Pourtant, ils ne constituent pas une bonne solution. En effet, ces pièges ne sont pas, ou très peu, sélectifs et peuvent donc faire du tort à de nombreuses autres espèces. Pour ma part, le meilleur piège que j’ai pu expérimenter est de mettre dans une caisse des restes de cire d’abeille et de m’armer d’une… raquette de badminton ! J’ai pu par ce biais éliminer un nombre important de fondatrices au printemps. Mais, bien évidemment, je ne vais pas vous inciter à faire de même !

Un piège sélectif bientôt disponible sur le marché

Heureusement, un nouveau piège sélectif devrait être disponible dès le printemps 2019, pour une somme modique. Ce piège, initié par un

apiculteur (Denis Jaffré), fonctionne sur le principe d’une nasse. Il est constitué d’un premier bac dans lequel est installé l’appât : des rayons de cire ou du miel qui attirent irrésistiblement les frelons qui passent par là. Ils sont ensuite pris au piège dans « une cage de capture » dotée de grilles, qui permet la sélection des insectes. Les petits insectes et les abeilles peuvent sortir facilement, alors que le frelon asiatique reste coincé. Le frelon européen, plus gros, ne peut pas entrer. D’autres systèmes sont à l’étude. Une seule chose est sûre : ça ne va pas être simple de les éliminer !

Mes actions

Porter un nouveau regard sur la nature Opter pour un désherbage naturel

Demander l’aide d’autres animaux pour lutter contre les parasites

L’industrie chimique a nommé « phytosanitaire » l’ensemble des poisons chimiques qu’elle commercialise. Elle nous fait croire qu’elle

« soigne » les plantes, cela semble plus vertueux ! Quelle tromperie !

Pour lutter contre le fléau des produits phytosanitaires, adoptez la démarche « zéro phyto ». Elle consiste à réduire l’usage des pesticides chimiques pour l’entretien du jardin mais aussi des espaces végétalisés et de la voirie dans les villes et villages.

L’objectif est de réduire l’impact de ces molécules de synthèse sur nous-mêmes, sur l’ensemble de la biodiversité, mais aussi la pollution

de l’eau (en surface et dans les nappes souterraines), la pollution des sols et la pollution de l’air.

Portez un nouveau regard

sur la nature

Le passage au zéro phyto implique des pratiques nouvelles pour les particuliers et les collectivités, un nouveau regard sur la nature. Il faut procéder à une gestion différenciée des espaces en fonction de leur nature : espaces champêtres, espaces naturels, jardins, mais aussi trottoirs, lotissements, terrains de sport, cimetières (ces lieux de mémoire redeviennent   des   lieux   de   vie   pour   la   nature)…   Ces   changements nécessitent la formation de tous et permettent d’aborder l’intérêt des plantes mellifères. Certaines communes optent d’ailleurs pour l’obtention du label « apicity », mis en place par  l’UNAF  (Union nationale des apiculteurs français). Ce label me semble bien plus cohérent que le label « ville fleurie » puisque la démarche n’est pas seulement esthétique mais s’attache aussi à préserver la biodiversité.

Alors maintenant, si vous souhaitez voir des butineurs et butineuses heureux tout en fleurissant vos villes et vos jardins, à vous ! Il existe beaucoup de techniques simples pour entretenir votre jardin sans produits chimiques.

Optez pour un désherbage naturel

Vous pouvez désherber à la main, au désherbeur thermique ou à l’eau chaude (grâce à la vapeur d’eau qui peut atteindre 130 °C). La chaleur fait éclater les cellules de la plante, qui meurt. N’hésitez pas à utiliser vos eaux de cuisson à cet effet ! Le paillage permet aussi de limiter la repousse d’herbes « indésirables » et de réduire l’arrosage.

Demandez l’aide d’autres animaux pour lutter contre

les parasites

Vous pouvez effectuer des lâchers d’insectes auxiliaires pour lutter contre les insectes et acariens parasites. Par exemple, la coccinelle ou la chrysope sont des prédateurs du puceron (vous les trouverez en jardineries). Il est également possible d’utiliser des écopièges à phéromones.

Des nichoirs peuvent également être installés pour favoriser la nidification d’oiseaux comme les mésanges, qui se nourrissent de processionnaires ou autres chenilles et réduisent ainsi fortement leur population.

Le recours aux pesticides a déjà fortement baissé au niveau des collectivités locales grâce à la loi Labbé, qui interdit leur utilisation depuis le 1er janvier 2017. Pour les particuliers, la date est fixée au 1er janvier 2019.

Mes actions

  Créer « une zone de bzzz » dans votre jardin

  Favoriser une agriculture respectueuse de l’environnement   Soutenir les apiculteurs

Sauver les abeilles devient aujourd’hui un véritable enjeu pour notre avenir si bien que s’engager pour elles devient indispensable. De nombreuses associations militent pour leur sauvegarde et y adhérer leur permet d’avoir les moyens d’influencer le débat public.

Si vous possédez au moins une ruche, vous pouvez vous rapprocher de syndicats apicoles tels que l’UNAF (Union nationale des apiculteurs français) ou encore d’autres syndicats locaux et propres  à  chaque région. Ces derniers représentent les apiculteurs auprès des autorités.

Créez une ‹‹ zone de Bzzz ››

dans votre jardin

Certaines associations s’activent pour offrir de meilleures conditions

aux pollinisateurs, comme « Agir pour l’environnement » (www.agirpourlenvironnement.org/).   Cette   association   invite   à   créer des « zones de Bzzz » : chaque particulier créé une zone préservée en recevant un sachet de graines d’espèces florales riches en nectar et pollen particulièrement adaptées pour les bourdons, papillons, abeilles domestiques et sauvages ainsi qu’un petit panneau  valorisant  son action. Pendant la floraison, en lien avec le Muséum national d’histoire naturelle (MNHM) et l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE), les acteurs sont invités à participer à une vaste enquête dite SPIPOLL3, pour recenser les populations d’insectes pollinisateurs.

Favorisez une agriculture

respectueuse de lenvironnement

et soutenez les apiculteurs

Vous pouvez participer à l’achat de terres agricoles par le biais de l’association « Terre de lien », qui s’efforce de créer des réserves foncières agricoles destinées à des projets de proximité respectueux de l’environnement.

Vous pouvez également adhérer à de nombreuses associations qui militent pour un abandon des pratiques agricoles néfastes comme

« Générations futures » (www.generations-futures.fr).

D’autres leviers existent encore, tel le financement participatif sur des sites comme « bluebees » (bluebees.fr) ou « miimosa » (www.miimosa.com) qui vous permettent de participer financièrement à des actions concrètes (aide aux apiculteurs sinistrés, aide à l’installation de paysans bio, financement d’analyses, etc.).

Parrainez une ruche

Il est également possible de « parrainer une  ruche  »,  que  vous soyez particulier ou responsable d’entreprise. Il existe de nombreux

sites qui le proposent (www.untoitpourlesabeilles.fr ; www.monmiel.fr). Le concept est de financer l’installation d’une ou plusieurs ruches entretenues par des professionnels. En remerciement, vous recevez des pots de miel avec votre nom ou logo sur l’étiquette.

Engagez-vous en signant des pétitions destinées à la protection des pollinisateurs et de l’environnement ou en participant à des manifestations allant dans ce sens. C’est important d’y être nombreux pour être entendu (nousvoulonsdescoquelicots.org). Et c’est convivial et valorisant ! S’engager, c’est aussi se positionner lors des élections pour ceux qui proposent de réels engagements écologiques. Il y a urgence ! Pourquoi ne pas proposer de faire partie d’une liste électorale afin de peser sur les décisions locales ?

  • 3.  Suivi photographique des insectes pollinisateurs.

Mes actions

Impliquer les enfants

Se mobiliser dans sa commune Monter une association

pour défendre les abeilles

L’éducation construit l’avenir. De nombreux comportements défavorables à la biodiversité résultent d’un manque de connaissances ou de conditionnements qu’il faut éclairer pour déconstruire.

Alors, que l’on soit jardinier, apiculteur, botaniste, entomologiste ou ornithologue, confirmé ou en herbe, transmettons nos connaissances !

Impliquez les enfants et allez dans les écoles

Les enfants peuvent commencer par des exposés à l’école et, nous- mêmes, adultes de tous âges, pouvons également y intervenir pour un petit atelier pratique ou un aperçu de nos passions. Je suis régulièrement intervenu dans des classes de primaire avec une ruche

vide d’abeilles mais muni de quelques cadres pleins de miel ! Je peux témoigner du plaisir des bambins de mettre le doigt dans les rayons ou d’enfiler une combinaison d’apiculteur. Un plaisir pédagogique !

Mobilisez-vous dans votre commune pour faire

bouger les choses

Il est également possible d’organiser  des  réunions  d’information, des projections de reportages ou de films dans votre commune, par le biais   d’associations   locales,   de   salles   polyvalentes…   Ainsi,   si   la disparition des abeilles vous touche, vous pouvez faire  passer  le message et créer des discussions à ce propos, parfois avec des agriculteurs locaux qui entendront vos arguments et vous donneront les leurs. C’est par ces échanges que des solutions alternatives se mettront en place telles que le fauchage tardif des bas-côtés, le non-épandage de produits toxiques près de certaines zones sensibles, etc. C’est par ces réunions publiques que les maires prennent également acte des préoccupations de leurs concitoyens.

Peut-être mettront-ils en place un  service  «  d’écovigilance citoyenne » contre les atteintes à l’environnement (destruction de talus, pesticides, décharges, plastiques brûlés…)  avec  de  réelles  possibilités de verbaliser dans le cadre de l’article 4 de la loi sur la biodiversité (« Toute personne responsable d’un préjudice doit le réparer »).

Montez une association pour défendre les abeilles

Vous pouvez aussi créer un collectif ou une petite association locale ayant pour vocation d’améliorer le  quotidien  des  abeilles.  Ainsi,  à l’aide de quelques amis et de citoyens, nous  avons  décidé  de répertorier les haies et talus communaux, dont un nombre important avait disparu, grignoté au fur et à mesure par l’agriculture industrielle. Puis nous avons entrepris, par des actions participatives, leur reboisement ou réappropriation. Bien organisée, une petite association locale peut œuvrer pour obtenir des jardins partagés, des « ceintures vertes » et autres espaces verts, dans le but de préserver la terre et de lui donner du sens.

Mes actions

User et abuser des nouveaux médias

Des actions individuelles ou collectives défendant des justes causes ont souvent permis une prise de conscience et un élan vertueux. Pourtant, que l’on soit un jardinier désespéré de ne plus voir d’abeilles, de papillons ou d’oiseaux, ou bien un  apiculteur  qui  a  perdu  ses ruches, nous sommes trop souvent fatalistes : que pourraient faire quelques individus face à la disparition de l’abeille comme de tant d’autres espèces ? Alors que nous pouvons faire beaucoup !

Usez et abusez des nouveaux médias

pour vous faire entendre

Nous n’avons jamais eu autant de moyens de communiquer : mails, téléphone, réseaux sociaux, médias locaux… Servons-nous-  en  pour nous indigner des atteintes à l’environnement !

En mars 2018, quelques jours avant de découvrir à mon tour que

mes ruches avaient été décimées, j’avais vu sur Internet le témoignage de Michel, un vieil apiculteur passionné du Limousin.  Celui-ci  avait perdu toutes ses ruches, pleines de réserves mais sans abeilles, et incriminait les pesticides. Cela m’avait touché et poussé à témoigner lorsqu’à mon tour, j’ai découvert mon « cimetière de ruches ». Mon

« coup de gueule » a été vu plus de 7 millions de fois en France, au Canada, au Maroc, en Afrique ! Cette courte vidéo a généré des réactions, des articles, de nouveaux témoignages. Par ce « succès » inattendu, avec la convergence d’autres initiatives individuelles, je suis heureux d’avoir pu contribuer à cette prise de  conscience.  Mon message est passé, mais surtout, je n’ai fait que dire tout haut ce que beaucoup d’autres se résignaient à dire tout bas.

En mars 2018 également, à partir d’une autre initiative individuelle, un véritable « convoi mortuaire » s’est constitué en Bretagne, entre une zone très touchée par la disparition des abeilles et la chambre d’agriculture de Rennes. L’impact de cette action a aussi été très significatif pour alerter sur cette catastrophe sanitaire. Après Rennes, le convoi breton est allé à Paris, rejoint par beaucoup d’autres apiculteurs du territoire et s’est retrouvé

« fer de lance » de la contestation d’une agriculture destructrice et en première ligne pour alerter sur la détresse des apiculteurs professionnels ayant tout perdu (collectif pour la survie de l’abeille sur Facebook).

Laissez parler votre créativité pour communiquer

votre engagement

Utilisez votre créativité pour réaliser, organiser et partager toutes sortes d’évènements ou supports dédiés à la protection des abeilles.

Vous pouvez aujourd’hui prendre des vidéos grâce à un simple appareil photo ou téléphone (filmé en horizontal,  de  préférence)  et ainsi témoigner de pertes de ruches, de pollutions par les pesticides, d’atteinte à l’environnement, de non-respect des lois. C’est important, lancez l’alerte ! Les bonnes nouvelles méritent tout autant d’être relayées, comme la découverte d’un nid de bourdons dans votre jardin ou l’éclosion des osmies dans votre hôtel à insectes ! Émerveillez-vous aussi des beautés et joies simples qui vous entourent, partagez l’essentiel, le vital, pas le futile !

Affichez vos convictions à travers des tee-shirts personnalisés, des panneaux…

Il est désormais très simple de faire réaliser un tee-shirt personnalisé dans un magasin spécialisé. Vous  avez  imaginé  un  slogan  perspicace ou réalisé un dessin explicite ? Faites-le imprimer et affichez vos convictions ! Cela fonctionne pour de nombreux supports : sacs de courses  en  tissu,  pin’s,  auto-  collants…  Ainsi,  toute  la  famille,  amis  et collègues peuvent participer à la protection des abeilles.

Si chaque apiculteur ayant subi des pertes affichait devant chez lui un petit panneau du type « 10 ruches mortes », la redondance dans le paysage à l’échelle nationale permettrait également la prise de conscience. J’ai vu récemment dans les rues de Quimper un petit graffiti au pochoir, très simple, de 30 cm par 30 cm, qui montrait une abeille sur le dos avec écrit au-dessous « Help ». Il ne s’agit pas là de pousser à taguer partout, mais je pense néanmoins qu’il est possible de bien choisir ses emplacements et de faire passer ainsi le message. D’ailleurs, tout autour du monde, des artistes de rue se sont lancés  dans  ce combat et réalisent de véritables fresques en hommage aux abeilles et à la biodiversité4.

Ensemble, nous serons

plus forts

Dans votre région, commune ou département, si vous êtes nombreux à avoir été victimes de pertes importantes de ruches, organisez-vous pour des manifestations ! Il est fondamental de faire remonter notre mécontentement ! J’ai reçu tant de témoignages d’apiculteurs ayant subi des pertes ! Si nous avions tous manifesté ensemble le même jour, même dispersés sur le territoire, devant les mairies ou les chambres d’agriculture, nous aurions été encore plus entendus.

20 octobre 2018. Il fait 25 °C dans le Finistère et je rédige cette conclusion… Je me demande comment les abeilles vont supporter toutes ces variations climatiques, elles qui dépendent tant des ressources disponibles. Elles risquent de butiner les couverts végétaux agricoles toxiques qui n’auraient pas dû fleurir en novembre. Y survivront-elles ? Rien n’est moins sûr.

Mais pour autant, nous ne devons pas nous résigner en cédant à la fatalité : « La fatalité est la somme de nos démissions » a dit très justement le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Nos actions individuelles et collectives peuvent changer ces funestes perspectives. Le combat pour la vie est une lutte que nous avons le devoir de mener.

Ce manifeste, avec les 10 solutions concrètes qu’il propose, est une invitation à l’action : soyons acteurs de ces changements, engageons- nous ! La bonne nouvelle, c’est que militer rend heureux et donne du sens à nos vies. Alors, ne nous réfugions pas derrière l’illusion que la technique ou qu’un homme politique nous sauvera ; mais devenons acteurs du réel et incarnons ensemble le changement qui sauvera les abeilles et la beauté du monde…

Auteur : Sven Niel

Crédit photographique de couverture : © Shutterstock Direction : Guillaume Pô

Direction éditoriale : Élisabeth Pegeon Édition : Vanessa Martel

Direction artistique : Julie Mathieu Réalisation numérique : Karen Pasquier ISBN papier : 9782815313001

ISBN numérique : 9782815314367 Dépôt légal : janvier 2019

© 2019, Rustica Éditions, Paris

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation strictement réservés pour tous pays.

www.rustica.fr

Dans la même collection

www.rustica.fr

Catégories
Non classé

Tour sur l’économie ou presque

Heu?reka

Téléchargeable en bas de la page!!!

Préambule

Ceux qui me connaissent déjà savent que j’ai une prédilection pour
les schémas, graphiques et autres infographies pour faire
comprendre les processus parfois complexes à l’œuvre en économie.
Je vais donc commencer par vous présenter les « personnages
récurrents » de ces schémas, ceux qui reviendront tout le temps dans
les représentations graphiques et ne seront pas nécessairement
légendés. Voici donc ces « incontournables » de l’économie et leurs
« avatars » :
→ Les agents économiques : ils sont au nombre de trois :

→ Les banques : à nouveau, trois catégories principales :

Catégories
Non classé

L’origine du monde (2021)

Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent

Marc-Aandré SELOSSE

Le sol est l’origine du monde, car il le porte, le nourrit et le protège.
Il est construit par sa biodiversité, qui représente 25 % des espèces connues. Il fourmille d’animaux et de microbes qui vivent et se nourrissent de façons incroyablement variées : cette diversité assure tout simplement… le fonctionnement des écosystèmes terrestres. Le sol fait aussi la fertilité des océans, régule le cours des rivières et modifie le climat. C’est une puissante et étonnante construction du monde vivant.
Hélas ! Méconnaissant le sol, qui nous paraît opaque et sale, nous l’avons endommagé depuis des millénaires. Urbanisation, agricultures inadaptées, salinisation, pollution… l’empêchent d’assurer ses services inestimables et il disparaît sous nos yeux par érosion.
Marc-André Selosse nous invite à un magnifique périple souterrain, accessible à tous, entre les composants du sol et sa vie débordante. Il nous fait découvrir la partie souterraine et méconnue des plantes. Enfin, il conclut avec optimisme sur les gestes grâce auxquels nous transmettrons des sols intacts aux générations futures. Car ceux-ci peuvent devenir des outils de développement durable.
Avec sa faconde habituelle et un brin d’humour dans l’illustration, l’auteur nous raconte simplement le sol et éclaire de nombreuses observations banales. En comprenant ce sol que nous piétinons, nous retisserons notre lien perdu au monde naturel.

Catégories
Non classé

Drones to Go A Crash Course for Scientists and Makers

Julio Alberto Mendoza-Mendoza

Victor Javier Gonzalez-Villela

Carlos Fernando Aguilar-Ibañez

Leonardo Fonseca-Ruiz

Ce livre peut être considéré comme l’un des cours les plus complets sur les drones et plus particulièrement sur les multicoptères avec une attention particulière et un focus sur les quadricoptères. Il s’adresse à un public allant des fabricants aux scientifiques. Il contient les éléments nécessaires de conception, de modélisation, de contrôle, de simulation et de programmation, expliqués de manière concise mais étendue, en particulier sur des points que de nombreux textes ignorent. De plus, il fusionne les connaissances du fabricant et les détails techniques avec les connaissances scientifiques et les détails de conception dans un seul livre.

Ce livre est le résultat de plusieurs années de recherche dans le domaine. Il a une conception pédagogique décalée, de sorte que le nouveau venu dans le monde des drones ou le déjà embarqué puisse obtenir une base solide pour apprendre plus de connaissances.

Des déductions détaillées étape par étape non disponibles dans d’autres travaux sont incluses, telles que la preuve approfondie des contrôleurs et de leurs simulations.

Il est clairement indiqué et avec suffisamment de références comment étendre les connaissances développées ici à une grande variété d’avions ou de systèmes aériens.

Enfin, une annexe propose une bibliographie très complète pour ceux qui aiment approfondir leurs connaissances sur le sujet.

Le texte suppose que les lecteurs ont au moins un diplôme d’études secondaires ou un baccalauréat technique et comprennent des concepts tels que les dérivées, les intégrales, les équations différentielles ordinaires de base et les notions d’algorithmes et de programmation.

Avec ce livre, vous apprendrez

• Une introduction aux cinq compétences souhaitables pour devenir un développeur multicoptère : conception, modélisation, contrôle, simulation et programmation

• Un modèle étendu sur les mathématiques d’un multicoptère, non présent dans aucun travail antérieur et avec un développement visuel et pédagogique, répondant à bon nombre des doutes qui restent en l’air au moment de telles explications

• Une nouvelle façon de visualiser les contrôleurs d’un multicoptère, qui est entièrement compatible avec l’état de l’art existant

• Une description détaillée des contrôleurs et de leur simulation, qui n’est pas largement diffusée dans des articles ou d’autres livres et est généralement réservée aux salles de classe

• Vous pouvez utiliser ce livre comme base pour un apprentissage futur dans une petite présentation très visuelle et facile à comprendre.

• Le but de ce livre est d’unifier le monde des constructeurs avec le monde scientifique à travers ce type d’avion, y compris les conseils de conception omis dans les livres scientifiques et les conseils scientifiques omis dans les livres de conception.

• Vous pouvez étendre les connaissances acquises à la conception et à l’analyse d’autres types de véhicules avec un effort modéré mais systématique.

Catégories
Non classé

Learb Robotics Programming

Second Edition.

Build and Control AI-enabled autonomous robots using the Raspberry Pi and Python

Apprendre la programmation robotique consiste à construire et programmer un robot avec un comportement intelligent. Il couvre les compétences requises pour fabriquer et construire un gadget à partir de pièces, y compris comment les choisir. Ces pièces comprennent des capteurs, des moteurs, des caméras, des microphones, des haut-parleurs, des lumières et un Raspberry Pi.

Ce livre continue avec la façon d’écrire du code pour que ces parties fassent quelque chose d’intéressant.

Le livre utilise Python, avec un peu de HTML/CSS et JavaScript.

La technologie utilisée est destinée à inclure des éléments disponibles et abordables et le code est présenté pour démontrer des concepts, afin qu’ils puissent être utilisés et combinés pour créer un code et des robots encore plus intéressants.

Les sujets combinent les aspects d’être un programmeur avec des aspects d’être un fabricant de robots, avec un certain nombre de sujets spécialisés tels que la vision par ordinateur et les assistants vocaux.

A qui s’adresse ce livre?

Ce livre est destiné à une personne ayant une petite expérience en programmation, ou à une personne plus expérimentée mais cherchant à appliquer ses compétences à un projet matériel. Vous n’avez pas besoin d’être un programmeur de niveau expert, mais vous devez avoir écrit quelques lignes de code et être à l’aise avec les boucles, les conditions et les fonctions. La connaissance de la programmation orientée objet (classe et objet) n’est pas nécessaire mais est introduite dans le livre.

Le livre ne nécessite pas d’atelier spécialisé, bien qu’il y aura un peu de soudure et de boulonnage ensemble. Cela sera présenté plus tard dans le livre.

Vous n’avez pas besoin d’avoir aucune expérience avec l’électronique ou la fabrication d’objets, mais j’espère que vous aurez un intérêt sain à en apprendre davantage, car certains concepts très basiques sont introduits tout au long du livre. Être désireux de construire un robot, de le faire faire des choses et de savoir quoi en faire ensuite est probablement l’aspect le plus important du livre.

Le chapitre 1, Introduction à la robotique, présente ce que sont les robots et trouve des exemples dans la maison et l’industrie, ainsi que les types de robots que les débutants construisent.

Le chapitre 2, Exploration des blocs de construction du robot – Code et électronique, examine les composants d’un robot. Nous allons commencer à faire des choix sur les pièces du robot et voir des schémas fonctionnels pour les systèmes et le code.

Le chapitre 3, Exploration du Raspberry Pi, présente le Raspberry Pi et ses connexions et le système d’exploitation Raspbian Linux que nous utiliserons dessus, et couvre également la préparation d’une carte SD à utiliser dans un robot.

Le chapitre 4, Préparation d’un Raspberry Pi sans tête pour un robot, vous montre comment configurer un Raspberry Pi non connecté et communiquer avec lui sans fil.

http://www.elmoukrie.com

Catégories
Non classé

Biomimétique

Biomimétique des écosystèmes

Cette approche est axée non sur l’utilisation des ressources naturelles, ou la copie d’éléments naturels, mais plus profondément sur ce que l’on peut apprendre du fonctionnement de la biosphère, de ses réseaux trophiques et de l’évolution et de l’adaptation des espèces et des écosystèmes. L’approche est plus holistique. Elle implique une nouvelle approche dans la façon de voir, et suscite de nouveaux modes d’estimation de la « valeur » de la nature, de la valeur de la biodiversité et des services qu’elle fournit.

La biologiste Janine Benyus, au début des années 1990, propose cette nouvelle approche dans son ouvrage Biomimicry: Innovation Inspired by Nature. Selon elle les leçons que nous donne la nature sont notamment qu’elle:

  • utilise une source d’énergie principale : l’énergie solaire ;
  • n’utilise que la quantité d’énergie dont elle a besoin ;
  • adapte la forme à la fonction ;
  • recycle tout ;
  • récompense la coopération (dont la symbiose et les interactions durables) ;
  • parie sur la biodiversité ;
  • exige une expertise locale (ex : Pharmacognosie chez l’Homme, et Zoopharmacognosie chez les chimpanzés, perroquets, moutons, etc. capables de trouver leurs médicaments dans leur environnement, et les consommer quand ils en ont besoin) ;
  • limite les excès de l’intérieur ;
  • utilise les contraintes comme source de créativité.

Janine Benyus insiste sur la capacité de la nature à biosynthétiser et structurer la matière organique ou minérale (ex : coquille) via des processus d’autoassemblage moléculaire auxquels le vivant intègre de l’information

Catégories
Non classé

Permaculture

La permaculture est un concept systémique et global qui vise à créer des écosystèmes respectant la biodiversité. L’inspiration vient de la nature et de son fonctionnement (qui se nomme aussi biomimétisme ou écomimétisme). C’est une méthode appliquée de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d’écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels.

À l’origine c’est un concept agricole inspiré par le modèle d’agriculture naturelle de l’agriculteur japonais Masanobu Fukuoka (1913-2008). Ce concept a été théorisé dans les années 1970 par les Australiens Bill Mollison (biologiste) et David Holmgren (essayiste). Le terme « permaculture » signifiait initialement « culture permanente » (de l’anglais « permanent agriculture ») ; puis avec le temps il a été étendu pour signifier « culture de ce qui est permanent dans le sens (sociologique) de pérenne ou viable ». En effet, les aspects sociaux font partie intégrante d’un système véritablement durable. Cette dernière signification est toutefois sujette à polémique.

Avec ce sens étendu, la permaculture forme des individus à une éthique ainsi qu’à un ensemble de principes. L’objectif étant de permettre à ces individus de concevoir leur propre environnement, et ainsi de créer des habitats humains plus autonomes, durables et résilients, en s’inspirant des fonctionnements naturels locaux. L’idée est d’atteindre une société moins dépendante des systèmes industriels de production et de distribution (identifiés par Bill Mollison comme le fondement de la destruction systématique des écosystèmes).

La permaculture utilise entre autres des notions d’écologie, de paysage, d’agriculture biologique, d’agroécologie, de biomimétisme, d’éthique, de philosophie et de pédologie. La permaculture invite à mettre ces aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain de façon harmonieuse.

Histoire

Origine du mot

Le terme « permaculture » est un mot-valise. Il est issu de l’expression américaine « permanent agriculture » qu’utilisa l’agronome américain Cyril George Hopkins dans son livre de 1910 Soil Fertility and Permanent Agriculture6. Franklin Hiram King  la reprit dans son livre de référence de 1911 Farmers of Forty centuries : Or Permanent Agriculture in China, Korea and Japan. L’expression « permanent agriculture » sous-entend des méthodes culturales qui permettent aux terres de maintenir leur fertilité naturelle. En 1929, Joseph Russell Smith a résumé sa longue expérience de cultures pour l’alimentation humaine et animale avec des fruits et des noix dans le livre Tree Crops : A Permanent Agriculture.

Le terme « permaculture » lui-même a été utilisé pour la première fois par Bill Mollison et David Holmgren dans leur livre Permaculture One paru en 1978.

Influences

L’Australien Percival Alfred Yeomans introduisit dans les années 1950 la méthode des contours (« Keyline Design ») comme méthode d’approvisionnement et de distribution en eau d’un site. Cette approche de l’aménagement influença fortement les fondateurs de la permaculture.

Jusqu’à ce que Bill Mollison rencontre Masanobu Fukuoka en 1973 et lise son livre, La révolution d’un seul brin de paille (1975, traduit en anglais en 1978), il se demandait comment intégrer de manière satisfaisante les céréales et les légumineuses dans la permaculture. Les travaux du Japonais en agriculture naturelle le mirent sur la voie. Il avait réussi notamment la culture du riz et de l’orge sans travail du sol (sous une couverture permanente de trèfle blanc), sans désherbage mécanique, sans engrais préparé et sans pesticide, tout cela avec des rendements égaux et parfois supérieurs à ceux de l’agriculture chimique. Bill Mollison, dans son second livre Perma-Culture 2, fait doublement référence à Fukuoka : il s’appuie sur ses travaux agricoles, mais le cite aussi en introduction comme celui ayant le mieux énoncé la philosophie de la permaculture.

Le travail de Howard T. Odum fut aussi une influence importante, surtout pour David Holmgren. Le travail d’Odum s’est surtout axé sur l’écologie des systèmes, en particulier le principe de puissance maximum, duquel découle l’idée cardinale que les écosystèmes tendent à optimiser l’utilisation de l’énergie.

Une autre influence précoce furent les expériences et ouvrages de Ruth Stout aux États-Unis et d’Esther Deans en Australie, pionnières des méthodes de culture sans creusement du sol.

Mais l’idée est beaucoup plus ancienne comme Christophe Gatineau le décrit dans son ouvrage Aux sources de l’agriculture, la permaculture : illusion et réalité. Il explique qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, des ouvrages tels que L’agronome mentionnent déjà l’existence de précurseurs de la permaculture. Ainsi, le dictionnaire portatif du cultivateur de Pons Augustin Alletz mentionne dès 1760 que :

:

« C’est une chimère que de prétendre donner une méthode d’Agriculture générale : il en faudrait une différente pour chaque province ou chaque canton ; car chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu’elle possède, et ne faire d’essais que sur les productions analogues à son terroir. »

Il explique également : « … C’est donc une nécessité pour le progrès de l’Agriculture de ne suivre que des exemples tirés d’un terrain, qu’on sait être semblable à celui qu’on veut fertiliser. ». Chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu’elle possède. Cette diversité s’oppose à l’uniformité et à la mondialisation des pratiques et des savoir-faire agricoles ajoute l’auteur de cet essai. À cette époque l’agriculture n’était pas un ensemble de techniques mais un « art » à part entière (une méthode globale cohérente).

Mollison et Holmgren : cofondateurs de la permaculture

Au milieu des années 1970, les australiens Bill Mollison et David Holmgren commencèrent à développer des idées pouvant être utilisées pour créer des systèmes agricoles stables. Ce travail résultait de leur perception d’une utilisation toujours plus importante de méthodes agro-industrielles destructrices qui polluaient l’eau et la terre, réduisant la biodiversité et érodaient des millions de tonnes de terres auparavant fertiles. Une approche appelée « permaculture » fut leur réponse et fut rendue publique pour la première fois avec la publication en 1978 du livre Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.

Le terme permaculture signifiait initialement « agriculture permanente » mais fut, plus tard, étendu à « culture permanente » pour intégrer les aspects psychosociaux et pédagogiques nécessaires à la durabilité d’un système.

Après la publication de Permaculture One, Mollison et Holmgren affinèrent et développèrent leurs idées par l’application de leur méthode. Selon Holmgren, ils mirent en œuvre « la conception consciente de paysages qui miment les modèles et les relations observés dans la nature, visant à obtenir une production abondante de nourriture, de fibres textiles et d’énergie pour satisfaire les besoins locaux. ». Cette information est structurée dans des livres plus détaillés, à commencer par Permaculture. Mollison enseigna dans plus de 80 pays et son cours certifié de 72 heures fut suivi par des centaines d’étudiants. La permaculture vise à ce que le plus grand nombre d’individus se l’approprie, c’est pour cela que les principes de conception en permaculture sont le prolongement de la position qui veut que « la seule décision éthique est de prendre la responsabilité de notre propre existence et de celle de nos enfants ».

À partir du début des années 1980, le concept avait évolué et était passé d’un système de conception de systèmes agricoles à un processus de conception plus holistique de création de sociétés humaines jugées durables. La permaculture se développe rapidement dans le monde avec la création d’instituts, de revues et de projets d’aide au développement avec Declan Kennedy en Allemagne, Robyn Francis en Australie et Rosemary Morrow dans de nombreuses contrées.

En 1991, un documentaire en quatre parties d’ABC production appelé The global gardener montrait la permaculture appliquée à différentes situations à travers toute la planète, portant le concept à l’attention d’un public plus large.

Le formateur anglais en permaculture Patrick Whitefield, suggère qu’il y a deux mouvements de permaculture : la permaculture originelle et la permaculture de design.

  • La permaculture originelle (agriculture permanente) est la conception consciencieuse et la gestion de systèmes agricoles productifs qui possèdent les caractéristiques de diversité, de stabilité et de résilience des écosystèmes naturels. C’est l’intégration harmonieuse de l’homme dans son environnement pour qu’il puisse en retirer ce qui lui est nécessaire, la nourriture, l’énergie, le logement, ou plus généralement tout ce dont il a besoin de matériel ou non pour vivre de manière soutenable.
  • La permaculture de design (conception de systèmes naturels) considère les connexions dans un écosystème ainsi que son fonctionnement, et en dérive des principes d’efficacité énergétique applicables à tous les types de systèmes humains (transport, société, agriculture…). À travers une observation minutieuse des énergies naturelles, des systèmes de design efficaces peuvent être développés.

Éthique

La permaculture s’appuie sur une éthique. C’est un ensemble de valeurs fondamentales qui gouvernent la réflexion et l’action.

L’éthique de la permaculture peut être résumée ainsi :

  • Prendre soin de la nature (les sols, les forêts, l’eau et l’air)
  • Prendre soin de l’humain (soi-même, la communauté et les générations futures)
  • Partager équitablement, limiter la consommation et la reproduction et partager le surplus.

Principes

La permaculture repose sur observation minutieuse de l’efficacité des écosystèmes naturels pour en tirer des principes directeurs universels. Chaque pratiquant de la permaculture, ou permaculteur, peut ajouter de nouveaux principes qui enrichissent ceux des origines (en particulier ceux de Bill Mollison et de David Holmgren).

Parmi ces principes, tirés de l’observation de systèmes naturels résilients, on peut citer:

  • favoriser la diversité
  • valoriser les bordures
  • observer et interagir
  • capter et stocker l’énergie
  • obtenir une production
  • appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction
  • favoriser les ressources renouvelables
  • les déchets des uns sont les ressources des autres
  • intégrer plutôt que séparer
  • travailler avec la nature
  • le problème est la solution
  • chaque élément remplit plusieurs fonctions
  • chaque fonction est remplie par plusieurs éléments
  • prendre la responsabilité de sa propre vie

La permaculture est une manière d’appréhender un écosystème dans sa globalité, d’observer les interactions de ses composants, et de chercher à y intégrer les activités humaines dans le respect des processus naturels. Elle suppose un respect de la nature, par exemple par la réduction des déchets et le remplacement des biocides par des moyens de contrôle naturels. Elle s’applique aussi bien au ré-aménagement d’une vaste zone industrielle que d’une ferme individuelle.

La permaculture constitue un mode de pensée et une vision du monde qui pour certains va au-delà des seules pratiques de production agricole.

« La permaculture, c’est aider les gens à faire des choix de re-design : fixer de nouveaux buts et apporter un changement dans la manière de penser qui affectent non seulement leurs actions chez eux, mais également leurs actions sur leur lieu de travail, leurs emprunts et leurs investissements » (A Sampson-Kelly et Michel Fanton, 1991). Des exemples incluent l’emploi de solutions complexes de transport, une utilisation optimale des ressources naturelles comme l’énergie solaire (Mollison et Slay, 1991).

Aménagement de l’espace

L’aménagement de l’espace, ou zonage, est fondamental pour la permaculture. Certains auteurs font écho à cette approche en architecture par exemple. Il suppose l’observation et la compréhension de zonages existants dans la nature.

Le concept de zonage en permaculture a une source prestigieuse avec l’économiste Allemand Johann Heinrich von Thünen qui théorisa l’aménagement de l’espace en cercles concentriques où la mise en valeur d’un espace est fonction de sa distance avec le centre. Plus la zone est éloignée de ce centre, et plus la viabilité économique de certaines productions diminuera. Si ce centre pour Von Thünen est la ville, c’est souvent la maison en permaculture. Il convient de noter qu’en permaculture, ce n’est pas tant la viabilité économique que la moindre utilisation de l’énergie qui conduit à l’organisation de l’espace.

Schéma du zonage en cercle.

Ainsi, les zones de permaculture sont définies selon leur fréquence d’utilisation, c’est-à-dire la fréquence des déplacements nécessaires pour y accéder. Il est traditionnellement fait référence à 5 ou 6 zones, selon que l’on décrive la maison comme une zone en soi ou non. Les zones moins fréquemment récoltées ou visitées étant situées plus loin. Les 6 zones sont :

  • Zone 0 : la maison elle-même.
  • Zone 1 : le jardin et les éléments nécessitant une attention quotidienne et soutenue.
  • Zone 2 : le verger et la basse-cour.
  • Zone 3 : les pâturages et les céréales. Cette production tend à être plus orientée vers la vente.
  • Zone 4 : les pâtis et les bois. Cette zone est souvent laissée aux plantes indigènes.
  • Zone 5 : espace sauvage. L’intervention humaine se limite à la récolte de plantes utiles spontanées.

Une méthode concrète

OBREDIM (acronyme anglais pour Observation, Boundary, Resource, Evaluation, Design, Implementation et Maintenance) est une méthode d’ingénierie permettant de démarrer un projet concret de permaculture.

  • L’observation permet de récolter des informations qui serviront à comprendre le fonctionnement naturel de l’écosystème local. L’observation d’un site sur une année entière permet de considérer de multiples facteurs : la topographie, les cycles biologiques de la faune, de la flore et du sol, les vents et leurs caractéristiques, l’écoulement des pluies et leur densité, l’ensoleillement et les ombres, le débit des cours d’eau, etc.
  • Les limites (Boundaries) sont aussi bien matérielles (limites géographiques ou financières), qu’immatérielles (compétence, législation, etc.).
  • Les ressources incluent les personnes impliquées, les finances, ce que vous pouvez faire pousser ou produire dans le futur, ce que vous voulez voir et faire sur le site.
  • L’évaluation de ces trois premières étapes vous permet de préparer les trois suivantes. C’est une phase ou l’on prend en considération toutes les choses à portée de main avec lesquelles on va travailler, existantes ou que l’on souhaite avoir, et où l’on regarde en détail leurs besoins spécifiques, afin d’identifier ses propres besoins en termes d’information.
  • La conception (Design) est toujours un processus créatif et intense et l’on doit utiliser au maximum ses capacités à voir et à créer des relations synergiques entre tous les éléments identifiés dans la phase ressources.
  • La mise en œuvre (Implementation) est littéralement la première pierre posée à l’édifice, quand on aménage soigneusement le site en fonction de l’agenda décidé.
  • La maintenance est nécessaire pour garder le site à son maximum de santé, en faisant des ajustements si nécessaire.

Une bonne conception évitera le besoin de recourir à des ajustements majeurs. L’observation doit se poursuivre tout au long du projet permaculturel.

Applications de la permaculture

Agriculture

L’agriculture est chronologiquement le premier objet de la permaculture et donc le plus étudié. Il existe une grande diversité d’approches différentes pour l’agriculture en utilisant la permaculture du simple fait qu’il existe une très grande variété de territoires et de climats. Toutefois, ce qui unit ces différentes pratiques est la recherche de la soutenabilité énergétique. C’est bien l’efficacité énergétique qui est toujours recherchée, que cela soit en évitant un travail inutile, faire d’un déchet une ressource, valoriser les services gratuits rendus par les écosystèmes, ou encore réduire les consommations et les déplacements.

Les praticiens agricoles de la permaculture pratiquent de fait une agriculture biologique et n’utilisent pas d’intrants chimiques issus pour la plupart de l’industrie pétrochimique. En permaculture, on pratique presque systématiquement le non labour afin de ne pas détruire la pédofaune et de ne pas oxyder le complexe argilo-humique, garant d’une bonne fertilité du sol. Cette simplification permet également de réduire la pénibilité du travail et l’investissement que représente un labour. La permaculture centre son approche sur l’arbre et la forêt. Ceci se traduit, par exemple, par la revalorisation des haies en bordure des cultures et des bocages comme garant de la biodiversité et de la limitation de l’érosion éolienne.

L’écologue Robert Harding Whittaker a montré qu’un écosystème naturel mature est largement plus productif que n’importe quel système humain de production de nourriture. La productivité primaire nette d’une forêt tempérée caduque est deux fois celle d’une terre cultivée moyenne (1 200 g/m2/an (gramme de matière sèche par mètre carré et par an) contre 650 g/m2/an), du fait d’une utilisation de l’énergie, de l’eau et des nutriments beaucoup plus efficace que celle de l’agriculture dite conventionnelle). La permaculture s’est donc orientée vers la recherche de la mise en place d’agroécosystèmes productifs s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels. L’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka ou les travaux sur la sélection de céréales pérennes du land institute de Wes Jackson en sont de bons exemples. La ferme du Bec-Hellouin a poussé cette intensification à son maximum avec sa méthode nommée écoculture.

Les frères de la Communauté Saint-Jean, religieux catholiques, pratiquent la permaculture à la suite de l’appel du pape dans l’encyclique Laudato si’. Afin de prendre soin de la nature et de l’humanité, ils ont mis en place une Académie pour une écologie intégrale.

La forêt, une source d’inspiration majeure

La recherche d’autosuffisance dans un petit espace passe par l’utilisation de plusieurs strates, ici à l’imitation des strates forestières dans un jardin-forêt.

Du fait que les écosystèmes naturels sont supposément plus productifs que les systèmes de production humains, la permaculture s’attache à utiliser les modèles d’écosystèmes naturels et à s’en rapprocher autant que possible. Un des modèles fondamentaux est celui de la forêt, composé de sept strates :

  1. la canopée
  2. la couche des arbres intermédiaires (fruitiers nains)
  3. les arbustes
  4. les herbes annuelles
  5. les plantes de couverture
  6. la rhizosphère
  7. la strate verticale (lianes, vignes)
  8. la mycosphère

L’efficacité productive supposée des systèmes forestiers pousse certains pratiquants de la permaculture à recréer des forêts en y introduisant des plantes utiles. On parle de jardin-forêt et aussi d’agroforesterie. A Mouscron en Belgique, Gilbert Cardon a réalisé en ville un jardin forêt avec plus de 2000 arbres sur 1800 mètres carrés. Martin Crawford a conçu une forêt-jardin de 2 acres (environ 8500 mètres carrées) à Dartington en Angleterre.

Cette pratique ancienne serait particulièrement adaptée au milieu tropical. Elle connait notamment une revalorisation importante depuis que la communauté scientifique s’y est intéressée à partir des années 1970.

D’autres approches de la permaculture se focalisent sur la pédologie forestière. Dans ce cas, l’accent est mis sur la création d’humus (ou humification) et à la couverture permanente du sol par paillage (parfois aussi appelé mulch) comme dans les écosystèmes naturels forestiers, où feuilles, branchages et autres déchets forment une litière permanente. Dans ce cas, la présence formelle d’arbres n’est pas nécessaire, comme dans les pratiques du jardin autofertile (autrement appelé synergétique) d’Emilia Hazelip, ou dans les pratiques agricoles à base de BRF (Bois Raméal Fragmenté) développées notamment par Gilles Lemieux au Québec.

Le modèle forestier est aussi particulièrement valorisé en permaculture pour sa résilience écologique et son efficacité à lutter contre les problèmes d’érosion du fait d’une couverture végétale et d’un développement racinaire permanent retenant ainsi le sol.

Biodiversité

La permaculture cherche à stimuler la diversité dans ses aménagements agricoles. L’agriculture est donc au minimum sur le principe de la polyculture. Bien plus, elle en recherche constamment les meilleures associations culturales et les compagnonnages de plantes. En cela, la permaculture s’oppose à l’approche intensive de l’agriculture tournée vers les monocultures.

Par exemple, la permaculture valorise les associations culturales traditionnelles qui ont montré leur efficacité comme la culture de la courge avec le maïs et le haricot (Milpa). Pratiquée encore couramment, en Amérique centrale notamment, elle est efficace car sur une surface réduite le haricot permet de fertiliser le sol en fixant l’azote de l’air par les rhizobiums de ses racines, le maïs quant à lui fournit un tuteur pour le haricot, et les feuilles de la courge couvrent le sol et en conservent l’humidité.

De même, les synergies entre différentes plantes sont fortement utilisées. De nombreux compagnonnages sont possibles : poireau avec fraisier, pomme de terre et ail, navet et laitue… Ces associations variétales permettent de bénéficier de plusieurs effets positifs : fertilisation par fixation d’azote, protection contre des nuisibles, utilisation de l’espace optimal tant aérien que racinaire, etc.

Agriculture de conservation, agroforesterie

C’est l’agriculture du carbone et du sol vivant, qui vise à terme au non travail du sol et au semis direct, et à nourrir le sol (et non la plante) en accumulant sur le sol une litière qui fait office de mulch et de nourriture pour le sol, et en sous-sol du carbone par les racines des plantes pérennes (agroforesterie) ou annuelles (intercultures en agriculture de conservation) qui meurent selon des cycles réguliers (racines fines). Le sol étant vivant car constamment nourri par des apports de matières organiques réguliers, le travail du sol n’est plus nécessaire, il se fait par le travail de la vie du sol. Le plus délicat dans ce genre d’agriculture est la transition entre les deux phases, dans lesquelles la compaction et le salissement des parcelles sont des problèmes dont les solutions sont à planifier sur plusieurs années pour les éradiquer.

Effet de bordure

Avec l’émergence de l’écologie scientifique, ont été analysés de plus en plus finement les effets de frontière écologique. La zone de transition entre deux écosystèmes s’appelle un écotone. Pour un permaculteur, cette bordure entre deux écosystèmes est un lieu privilégié, plus riche en biodiversité et en interactions. En cela, c’est un lieu dont le potentiel productif est particulièrement notable. L’implantation de haies (bocagères ou non) qui font l’interface entre la forêt et la parcelle cultivée, de plans d’eau qui disposent d’une interface entre l’eau et le sol sont particulièrement recherchés dans les projets de permaculture. Afin de stimuler ces effets de bordure entre écosystèmes, les permaculteurs cherchent régulièrement à maximiser ces zones d’échanges en leur donnant des formes ondulantes ou arrondies.

Plantes vivaces

Les plantes vivaces sont souvent utilisées dans les conceptions permaculturelles. Puisqu’elles n’ont pas

besoin d’être replantées chaque année, elles ont généralement besoin de moins de maintenance et de fertilisants. Elles sont importantes surtout dans les zones extérieures et dans les systèmes à étages.

Animaux / Polyculture/élevage

Un principe stratégique de la permaculture est de favoriser les relations de synergie entre humains et animaux, les canards et les oies, s’ils ne sont pas trop nombreux, ont ici une fonction d’aide au jardinage.

Beaucoup de projets de permaculture utilisent aussi certains animaux (y compris domestiques) pour la gestion, la gestion restauratoire et/ou l’équilibre des milieux de polycultures. Tout écosystème durable a une composante animale. La science a montré que sans la contribution des animaux, l’intégrité écologique diminue ou disparait.

Le vers de terre est très connu pour fabriquer, entretenir et aérer les sols (tant que ce dernier n’est pas trop acide, trop chaud ou trop froid).

Des animaux consommateurs d’insectes et/ou de limaces et escargots (de la coccinelle, à la grive en passant par le perce-oreille, la musaraigne, les reptiles et amphibiens, le hérisson, la poule, l’oie, le canards, la dinde, etc.) limitent la prolifération de ces invertébrés déprédateurs.

Des animaux omnivores ou détritivores peuvent nettoyer voire totalement désherber une parcelle à ensemencer (les poules en particulier grattent vigoureusement le sol).

Des herbivores tels que lapin, mouton, bovins « tondent » les herbacées ; les chèvres peuvent débroussailler un sous bois, élaguer les basses branches ou manger des plantes très invasives telles que la renouée du Japon. Les herbivores valorisent des végétaux autrement non-utilisés. Ils peuvent en saison sèche limiter l’évapotranspiration sur les zones non-cultivées (allées…).

Tous apportent des excréments riches en fibre et/ou en oligoéléments très assimilables, favorisant les plantes et les champignons du sol.

De la même manière, sous l’eau, les poissons sont complémentaires de cultures aquatiques.

Certains animaux sont des source possibles de fumier ou d’excréments (bouses, crottins, etc.) mais aussi de viande, laine, plumes, fourrure, etc.

L’intérêt de la présence animale dans le système permacole est lié à leurs modes d’alimentation, qui permettent d’une part un bon recyclage des nutriments, mais aussi une bioturbation, une aération naturelle et un bon drainage du sol, le défrichage et/ou entretien des « mauvaises herbes », la consommation des fruits tombés (avec germination/dispersion des graines parfois), la limitation des ravageurs. Les nutriments sont recyclés par les animaux, transformés de leur forme moins digestible (comme l’herbe ou les brindilles) en fumier plus dense en nutriments.

Des nichoirs ou lieux assimilés peuvent favoriser la faunes sauvage près de la culture et dans les arbres. Le lieu (zonage) et le moment d’action de l’animal domestique doivent par contre être contrôlés (grillage ou poulailler mobile, clôture électrique mobile…). Les animaux nécessitent en outre de l’eau, et plus d’attention quotidienne que les plantes.

Énergie

Maison autonome des énergies fossiles (type géonef), construite avec les matériaux récupérés et recyclés à Zwolle, Pays-Bas.

Appliquer les valeurs de la permaculture signifie utiliser moins de sources d’énergie non renouvelable, en particulier les formes dérivées du pétrole. Brûler des combustibles fossiles contribue à l’effet de serre et au réchauffement climatique. La permaculture appliquée à l’agriculture a pour vocation de créer un système renouvelable qui ne dépend que d’une quantité minimale d’énergie. L’agriculture traditionnelle pré-industrielle était intensive en termes de travail, et l’agriculture industrielle est intensive en termes d’énergies fossiles. La permaculture agricole est elle intensive en matière grise ; elle est une manière de travailler plus en phase avec la nature. L’énergie utilisée doit de préférence provenir de ressources renouvelables comme le vent, le solaire passif, ou les biocarburants.

Un bon exemple est la serre poulailler. En accolant le poulailler à une serre solaire, on réduit le besoin de chauffer la serre avec des énergies fossiles, car la serre est réchauffée par le métabolisme des poulets. On utilise également leurs déchets (plumes, déjections, chaleur, grattage du sol) pour diminuer le travail : les déjections fertilisent, les plumes forment l’équivalent d’un paillis, la chaleur diminue la quantité d’énergie à apporter pour garder une température voulue, le grattage permet de se débarrasser des mauvaises herbes et des insectes. Dans une production en batterie, tous ces sous-produits sont considérés comme des déchets, toute l’énergie étant concentrée sur la production d’œufs.

Villes

Le mouvement des villes en transition a été initié par le permaculteur Rob Hopkins, tout d’abord en 2005 en Irlande, avec les étudiants de l’université de Kinsale, puis en 2006 dans la ville anglaise de Totnes. L’initiative des villes en transition vise à créer des communautés résilientes face à la triple menace du pic pétrolier, du dérèglement climatique et d’une crise économique mondiale.

Économie

Un principe de base est d’ajouter de la valeur à une production existante. On cherche donc à fournir un large éventail de solutions incluant ses éthiques de base comme partie intégrante du design final qui a ajouté de la valeur au système considéré. Il pose la question économique de savoir comment faire, soit de l’argent en vendant la production, soit de l’échanger contre du travail ou des services comme dans un système d’échange local (SEL). Chaque design final doit donc inclure des considérations économiques ainsi que donner un poids égal pour maintenir l’équilibre écologique, en s’assurant que les besoins des gens travaillant sur le projet sont satisfaits et que personne n’est exploité.

L’économie de la communauté nécessite un équilibre entre les trois aspects que comprend une communauté : la justice, l’environnement et l’économie, aussi appelée le triple facteur décisif, ou triple E (écologique – économique – éthiques). Un marché coopératif de paysans serait un bon exemple d’une telle structure. Les agriculteurs sont les travailleurs et les propriétaires. De plus, toute l’économie est pondérée par son écologie. Aucun système économique ne peut exister indépendamment de son écosystème ; par conséquent tous les coûts externes doivent être pris en compte quand on parle d’économie.

Droits d’auteur et marque déposée

Pendant longtemps Bill Mollison a prétendu avoir les droits d’auteur du mot permaculture, et ses livres affirmaient sur la page de copyright « Le contenu de ce livre et le mot permaculture sont protégés par copyright ». Ces déclarations ont été acceptées au pied de la lettre au sein de la communauté permaculturelle. Toutefois, le droit d’auteur ne protège pas les noms, les idées, les concepts, les systèmes ou les méthodes de faire quelque chose, il ne protège que l’expression ou la description d’une idée, et non l’idée elle-même. Finalement Mollison a reconnu qu’il s’était trompé et qu’il n’existe pas de protection du droit d’auteur sur le mot permaculture.

En 2000 l’institut de permaculture de Mollison basé aux États-Unis a cherché une marque déposée pour le mot permaculture lorsqu’il est utilisé dans les services éducatifs tels que des cours, séminaires ou ateliers. La marque déposée aurait permis à Mollison et à ses deux instituts de permaculture (un aux États-Unis et un en Australie) de définir des lignes directrices exécutoires sur la façon dont la permaculture pourrait être enseignée et qui pourrait l’enseigner, en particulier pour le Cours Certifié de Permaculture. La marque déposée a échoué et a été abandonnée en 2001. Toujours en 2001 Mollison demanda en Australie une marque déposée pour les termes « Cours Certifié de Permaculture » et « Conception permaculturelle ». Ces demandes ont été retirées toutes les deux en 2003. En 2009, il a cherché une marque déposée pour ses deux livres Permaculture – A Designer’s Manual et Introduction to Permaculture. Ces demandes ont été retirées en 2011. Il n’y a jamais eu de marque déposée du mot permaculture en Australie. En 2013, Olivier Barbié a demandé à déposer la marque permaculture à l’INPI (France) et cette demande a été publiée.

Limites à son développement

Connaissant un engouement en France depuis les années 2000, de nombreux projets de maraîchage biologique émergent avec la permaculture comme système fondamental. Cependant, il convient d’en mesurer l’échelle économique. En effet, le maraîchage biologique est basé sur une part importante de charges de main d’œuvre, entre 40 et 60 % dans la plupart des fermes, or la permaculture induit régulièrement le recours à des techniques évitant les méthodes mécanisées (paillage évitant les binages avec tracteur, l’usage de planteuse, de machines de récoltes).

Ces pratiques ont pourtant été validées, notamment par le réseau Maraîchage sur sol vivant, où certains maraîchers ne travaillent plus leur sol depuis des années et utilisent du paillage. Les rendements obtenus sont parfois supérieurs aux rendements moyens observés en agriculture conventionnelle

Le modèle forestier souvent mis en avant pour la structure naturellement préservée de ses sols, est mis à mal dans les micro-fermes en permaculture ou agro-écologiques par l’apport fréquent et massif de matières organiques provenant d’autres exploitations céréalières, de centres équestres.

La permaculture rassemble des conceptions d’aménagement, une philosophie, des méthodes de travail du sol, tout à fait nouvelles dans le milieu agricole. Dans un cadre professionnel, où les critères économiques sont centraux, le suivi de méthodes approuvées par l’ensemble de la communauté professionnelle apporte des garanties de réussite : la permaculture étant encore en phase de recherche sous les climats et dans les terroirs français, il convient de mesurer avec précision l’impact de chacune de ces méthodes, or les données technico-économiques et comparatives sont presque absentes.

Critiques

Linda Chalker-Scott, professeure associée d’horticulture et d’architecture du paysage à l’université d’État de Washington, reproche un manque de rigueur scientifique à la permaculture et soulève le problème de l’utilisation d’espèces envahissantes.

Nick Romanowki critique les méthodes et rendements en aquaculture proposés par Bill Mollison dans ses livres Sustainable Freshwater Aquaculture et Farming in ponds and dams.

Peter Harper, du Centre for Alternative Technology (Pays de Galles), met en garde contre le mouvement idéologique, qui se développe à côté d’une permaculture qui tente de résoudre les problèmes liés à l’agriculture de manière scientifique, sans dogmatisme et sans idéalisme excessif.

Christophe Gatineau, permaculteur, auteur de livres sur l’agriculture, met également en évidence dans ses études un point qui éloigne la permaculture de ses fondements, à savoir un développement durable qui s’appuie sur l’agriculture à la place de l’économie et qui prend en compte les générations futures et la biosphère.

Catégories
Non classé

A HANDBOOK OF CHEMICAL ENGINEERING

ILLUSTRATED WITH WORKING EXAMPLES AND NUMEROUS DRAWINGS FROM ACTUAL INSTALLATIONS

By GEORGE E. DAVIS Chemical engineer

« 

En Angleterre, au cours de la même période, Davis a procédé à la publication de son Handbook of Chemical Engineering (1901), qui a été révisé et publié dans une deuxième édition de plus de 1000 pages en 1904. Le manuel de Davis (télécharger en commentaire) était particulièrement important car il a introduit la notion d’ «opérations unitaires», bien que le terme lui-même ne soit inventé qu’en 1915 par Arthur D. Little au MIT. Développées par les deux hommes, les « opérations unitaires » renvoyaient à l’idée que tous les processus chimiques peuvent être analysés en les divisant en opérations distinctes, telles que la distillation, l’extraction, la filtration et la cristallisation, qui sont toutes régies par certains principes. Plus que tout, Davis était responsable de l’invention du terme génie chimique pour décrire ce nouveau domaine d’ingénierie qui abordait les problèmes de l’industrie chimique.

Catégories
Non classé

La Désobéissance civile

Henry David Thoreau (téléchargeable en bas)

Sur Wikipédia:

La désobéissance civile est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Le terme fut créé par l’Américain Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. Si la désobéissance civile est une forme de révolte ou de résistance, elle se distingue pourtant de la révolte au sens classique. La révolte classique tend à opposer la violence à la violence. La désobéissance civile, plus subtile, refuse d’être complice d’un pouvoir jugé illégitime et de nourrir ce pouvoir par sa propre coopération. Le principe même du pouvoir politique pourrait rendre possible l’efficacité de cette action.
L’idée de la résistance à une loi injuste a existé bien avant le XIXe siècle. On peut la faire remonter à la jus resistendi (« droit de résistance ») du droit romain et, dès les XVIe et XVIIe siècles, à l’œuvre de philosophes comme Francisco Suárez ou Étienne de La Boétie. Ce dernier montre dans le Discours de la servitude volontaire que le pouvoir d’un État repose entièrement sur la coopération de la population. Ainsi, dès l’instant où la population refuse d’obéir, l’État n’a plus de pouvoir. Un peuple peut donc résister sans violence par la désobéissance et provoquer l’effondrement d’un État illégitime, car, disait-il, le pouvoir le plus féroce tire toute sa puissance de son peuple. Encore faut-il une prise de conscience générale et le courage des premiers militants pour que ce principe puisse être efficace. C’est principalement Gandhi en Inde, Martin Luther King aux États-Unis, Mandela en Afrique du Sud, les Grands-Mères de la Place de Mai en Argentine et la contestation du pouvoir soviétique dans les années 1980 qui en ont montré l’efficacité.
Le principe est utilisé aujourd’hui au sein des démocraties pour lutter contre certaines lois lorsque les militants estiment que la légalité, qui dépend de la majorité et / ou d’une certaine inertie, ne parviendra pas à modifier ces lois. La désobéissance est illégale par définition, mais est en principe non violente. Cependant, certaines actions en France ont revendiqué la dégradation de biens privés (par exemple les faucheurs volontaires). Certains ne voient dans ces actions que la dégradation de biens ou la résistance d’individus ou de groupes isolés, mais d’autres y voient un acte salutaire d’action directe de désobéissance civile visant à faire modifier la politique des autorités.
Principes supérieurs
La désobéissance civile fait appel à des « principes supérieurs » à l’acte contesté. C’est sans doute le trait le plus important de la désobéissance civile puisque c’est lui qui lui donne une certaine légitimité.

Catégories
Non classé

L’identité de la France (Les hommes et des choses)

Fernand Braudel

Téléchargeable en bas en deux parties

Extrait:

C’est donc face à une France des campagnes qui, jusque-là, bougeait peu, qu’ont surgi hier, avec vigueur, les secteurs modernes de l’industrie, des services urbains, des transports, et les mille formes nouvelles de la vie nationale… Nouveautés d’un côté, conservatisme de l’autre. Depuis longtemps, la France moderne s’employait à mépriser et à dénigrer l’autre, à dénoncer son poids, son inertie. Au XVIIIe siècle déjà, en Provence, pour l’homme des villes, « le paysan est un animal méchant, rusé, une bête féroce à demi civilisée ». Le florilège de ces aménités traverse le XIXe siècle et s’y épanouit. N’est-ce pas la preuve qu’une économie paysanne sous-jacente a continué de vivre, de contredire les désirs, d’offusquer les efforts d’une autre France qui souhaite entrer, à part entière, dans le concert du monde industriel ? Jacques Laffitte (1767-1844), banquier, homme politique, ne se plaint-il pas que l’ingénieuse France du XIXe siècle trouve encore, pour consommer ses produits, la France indigente du XIVe siècle ? Dualité à ses yeux évidente: « On voit, en effet, écrit-il en 1824, quelques places de commerce et quelques provinces qui ont participé au mouvement industriel de notre époque, et où les capitaux abondent et se donnent au prix le plus modique; mais tout le reste du sol, livré à l’ignorance, à la routine, à l’indigence, est dévoré par l’usure, et se trouve fort en arrière de la France qu’on peut appeler civilisée.»
Ainsi survit une France pauvre, misérable, laborieuse, innocente, gênante cependant, acharnée – ou obligée – à lésiner ; à économiser le sel aussi bien que les longues et épaisses allumettes de contrebande; à recouvrir le feu, chaque soir, sous la cendre pour le retrouver en place le lendemain matin; à cuire son pain au plus tous les huit jours, et encore; à se contenter – hommes et femmes – d’un costume du dimanche pour toute une existence; à tout produire si possible (la nourriture, la maison, le mobilier, le vêtement), tels ces paysans de Corrèze qui, encore en 1806, « s’habillent de gros draps faits avec la laine de leurs brebis qu’ils préparent eux-mêmes »; à dormir au voisinage, réchauffant l’hiver, de leurs bêtes; à n’avoir aucune des commodités que l’hygiène commande et vulgarise aujourd’hui et, pour économiser la chandelle, « à suivre le soleil pas à pas », voire à le précéder :« Le gros de la population se [levant] au premier jour, partout les premières messes se [disent] en hiver dans l’ombre ténue de l’aurore. »
Oui, tant que sera resté en place, dur, actif, tranquille, cet univers paysan que les hommes de mon âge ont encore connu et aimé, avec ses couleurs, ses habitudes, sa connaissance intime du terroir, ses besoins réduits, sa modération profonde, l’histoire de France, la vie française auront eu une autre assise, une autre résonance.