La pêche (poissons) : mondialisée et industrialisée.

Bienvenue sur cet article consacré à la pêche. Voici une photo du célèbre marché aux poissons de Marseille, sur le Vieux-Port. Il existe depuis le début du XXe siècle mais aujourd’hui, les poissons locaux y sont rares, quelques bars, dorades, rougets, sardines, pêchés entre Côte bleue et calanques, mais pas de quoi concurrencer le saumon de Norvège, le cabillaud d’Islande ou les crevettes d’Amérique du Sud dont regorgent désormais les poissonneries d’aujourd’hui.

Le secteur de la pêche n’a pas échappé à la mondialisation pas plus qu’à l’industrialisation, dès lors qu’il faut satisfaire une fringale devenue mondiale de sushis et d’omégas-3. Tant pis pour les stocks mondiaux qui s’épuisent et les conflits que cela génère. On s’intéresse à la pêche, une industrie mondialisée.

Avec 35 000 espèces, les poissons sont la plus grande famille de vertébrés de la planète. La moitié des espèces vit en eau douce, rivières, fleuves, lacs, l’autre moitié vit dans les mers et océans. Les poissons sont source de protéines pour l’homme qui le pêche depuis des millénaires.

Mais l’essentiel de la pêche concerne peu d’espèces. 70 d’entre elles concentrent la moitié des captures mondiales. Parmi ces espèces, certaines, comme le thon obèse, sont menacées d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, tant la pêche est devenue surpêche depuis 60 ans.

Le volume total de pêche est passé de 17,5 millions de tonnes dans les années 1950 à 96 millions de tonnes en 2018.

Voyons quels sont les poissons principalement capturés.

A la 1re place, on trouve l’anchois du Pérou, 7 millions de tonnes pêchées en 2018, suivi par le lieu d’Alaska, 3,4 millions de tonnes, et la bonite rayée, appartenant à la famille du thon, 3,2 millions de tonnes. Cette envolée est évidemment due à un appétit phénoménal pour les poissons, la consommation étant passée de 9kg/an et par habitant en 1961 à 20kg en 2017.

Alors voyons maintenant qui mange le plus de poissons et pourquoi. L’Océanie est la région où la consommation annuelle de poissons est la plus élevée. Un score dû en partie aux habitudes alimentaires des pays concernés liées à leur environnement géographique, tout comme l’Asie qui arrive en 2e position. Suivent l’Amérique du Nord et l’Europe avec leurs zones de pêche vastes et fournies et un pouvoir d’achat élevé. Viennent enfin l’Amérique latine et les Caraïbes, puis l’Afrique dont la faible consommation est surtout liée au pouvoir d’achat.

Allons plus loin et voyons pourquoi l’augmentation récente de consommation de poissons est liée à plusieurs facteurs. D’abord, depuis les années 1950, l’industrie de la pêche a accru son efficacité par des progrès technologiques considérables.

Ainsi, la flotte globale de bateaux de pêche est passée de 1,7 million en 1950 à 4,56 millions en 2018. Et aux côtés de petits chalutiers de 12m, on trouve désormais des monstres de 150m de long, pesant 9 500 tonnes et pratiquant une pêche très destructive. Ces monstres ont également une plus grande autonomie qui leur permet d’accéder à des zones lointaines, notamment dans le Pacifique. Les plus gros chalutiers peuvent ramener dans leurs filets plusieurs centaines de tonnes de poissons par jour et sont équipés de chaînes automatisées qui permettent de préparer, congeler et conditionner les poissons sur place. Et l’amélioration de la chaîne du froid permet une plus grande rapidité de distribution. Un cabillaud pêché dans la partie norvégienne de la mer de Barents peut ainsi être débarqué et transformé à Boulogne-sur-Mer, puis vendu à Rome en quelques jours. On est loin des tonneaux en bois d’autrefois remplis de cabillauds salés.

La conséquence de cette évolution, pour un poisson comme le cabillaud, est catastrophique. L’espèce est menacée à l’échelle mondiale et ses stocks dégradés ou effondrés dans de larges zones de pêche de la mer du Nord et de l’Atlantique, on le voit ici.

Si le monde entier mange de plus en plus de poissons, c’est aussi parce que la science a mis en avant leurs bienfaits nutritionnels : des poissons riches en oméga-3 et préservant des risques cardiovasculaires. Si l’on ajoute à cela un engouement mondial pour les sushis et les sashimis, tous les facteurs ont été réunis pour conduire à une surpêche.

Voyons quelles sont les zones impactées par notre fringale de poissons. 87,5% des 96 millions de tonnes de poissons pêchées provient des océans et des mers contre seulement 12,5% pour les fleuves, rivières et lacs. Les 3 zones de pêche les plus exploitées sont le Pacifique Nord-Ouest, le Centre-Ouest et le Sud-Est.

Voyons maintenant qui sont les plus gros pêcheurs. La Chine suivie de l’Indonésie, le Pérou, l’Inde, la Russie, les Etats-Unis et le Viêt Nam. A eux 7, ces pays représentent la moitié des captures mondiales.

Historiquement, la pêche se pratique majoritairement à proximité des côtes. Chaque pays possédant, depuis l’accord de Montego Bay entré en vigueur en 1994, une zone économique exclusive, soit une bande de 200 miles marins autour de ses côtes où ses pêcheurs sont libres de pêcher. Le thon, par exemple, parcourt des milliers de kilomètres et ne tient pas compte de ces frontières. Certains navires pêchent donc dans des zones économiques exclusives autres que celles de leur pays d’origine en obtenant des licences, ou s’aventurent dans les eaux internationales, assez loin de toute côte pour ne pas être incluses dans une zone économique exclusive.

Voilà qui est une source potentielle de conflits, comme on va le voir.

Rendons-nous sur les côtes de la Manche. Jusqu’en 2020, les eaux territoriales du Royaume-Uni étaient incluses dans la zone économique exclusive européenne. Les riches eaux britanniques ont attiré de nombreux pêcheurs français. Entre 2011 et 2015, on estimait leurs prises à 100 000t de poissons par an. Depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, il est libre d’accorder ou pas des licences aux pêcheurs français dans ses eaux maritimes. Et il demande désormais à la France de diminuer ses prises. Un point de crispation important au vu des enjeux financiers pour les pêcheurs de l’Hexagone.

Ces batailles concernant des droits de pêche hors des eaux nationales peuvent prendre des dimensions plus inquiétantes avec un pays comme la Chine qui, avec ses 12 500 navires observés en dehors de ses eaux territoriales en 2017-2018, est désormais présente aux 4 coins de la planète.

Cet appétit chinois a pris un tour dramatique au Ghana. Entre les licences, accordées par des politiques corrompus, et la pêche illégale, la présence des navires chinois a entraîné une baisse de 40% des revenus des pêcheurs traditionnels ghanéens depuis le début de ce siècle.

Les navires chinois ont aussi plusieurs fois menacé l’équilibre des Galapagos, au large de l’Equateur, en pêchant massivement dans les eaux internationales qui bordent l’archipel. Des eaux fréquentées par des espèces protégées. Les animaux, rappelons-le, ne connaissant pas les frontières arbitraires fixées par l’homme.

Face à la surpêche, certains pays ont développé l’aquaculture. Cela concerne 50% des poissons présents sur nos étals. Cette pratique, loin d’être totalement vertueuse, pose d’autres types de problèmes. On va se pencher sur le cas du saumon, l’un des poissons les plus consommés au monde.

La consommation mondiale de saumons a triplé depuis les années 1980. Seul 25% du saumon que nous consommons désormais est un saumon sauvage. Parmi les différentes espèces de saumons, celui de l’Atlantique a la préférence des consommateurs. La Norvège, pionnière dans le domaine aquacole, assure aujourd’hui la moitié de la production mondiale de saumons atlantiques d’élevage. Elle s’efforce de limiter le nombre de ses fermes car la pisciculture intensive met en contact des poissons d’élevage stressés, malades, voire traités aux antibiotiques, avec des espèces sauvages qui vivent dans le milieu naturel.

La propagation de maladies en provenance des fermes aquacoles a grandement contribué à la diminution par 2 de la population de saumons atlantiques sauvages en 20 ans. Une diminution également due à la surpêche, bien sûr, mais aussi à des problèmes écologiques tels que le réchauffement des eaux, la pollution et les aménagements de l’homme qui empêchent les saumons de remonter les rivières pour se reproduire.

Parallèlement au développement de l’aquaculture, les instances internationales ont mis en place un code de conduite pour une pêche responsable, adopté en 1995. Ce code a permis de fixer des quotas pour pêcher à des niveaux raisonnables afin d’assurer la reconstitution et la préservation des stocks. La mise en place de ces quotas a permis de sortir certaines variétés de thon des listes d’espèces menacées. La population orientale de thons rouges de l’Atlantique, côté européen, a ainsi augmenté d’au moins 22% au cours des 40 dernières années.

La pêche, cette industrie mondiale, pour le meilleur et pour le pire. Comment consommer du poisson en adoptant les bons réflexes, en évitant le poisson du bout du monde, en voie d’extinction, et pêché par des bateaux-usines ? Quelques conseils de bon sens : vérifier la provenance précise, privilégier la pêche locale, veiller à l’état du stock en s’assurant qu’on achète une espèce qui n’est ni en danger, ni surpêchée. Privilégier les techniques de pêche qui ont un moindre impact sur l’écosystème.

Et retenir cette formule qui vaut aussi pour la viande : « En manger moins mais en manger mieux. »

Pour aller plus loin : le site internet de Bloom, ONG dévouée aux océans et à ceux qui en vivent.

Code de conduite pour une pêche responsable (1995) disponible sur la bibilothèque de ce site.

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